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La course à la succession du Tchadien Moussa Faki Mahamat, qui quittera son poste à la tête de la Commission de l’Union africaine (UA) en février 2025, est officiellement ouverte. Les candidats, qui ont jusqu’au 6 août pour déposer leur dossier, seront tous issus d’Afrique de l’Est, en vertu du principe de rotation voulu par la réforme des institutions de l’UA. En vigueur depuis 2018, celui-ci permettra à un ressortissant de cette région de diriger la Commission jusqu’en 2029.

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Chef de l’exécutif de l’UA et représentant légal de l’organisation, le président de la Commission est censé être le moteur des grandes orientations du continent, en particulier en ce qui concerne le règlement des crises sécuritaires et le dossier de l’intégration économique au sein de la future zone de libre-échange africaine. Un rôle dans lequel la Commission montre régulièrement ses limites, faute de moyens financiers et de capacités pour mettre en œuvre ses décisions.

Lors de la dernière élection, en 2017, le poste avait échappé de justesse au Kenya. Cette fois, Nairobi entend bien imposer son prétendant : Raila Odinga, l’opposant historique, défait cinq fois à la présidentielle. Pour qu’il l’emporte, le président William Ruto s’est assuré du soutien des chefs d’Etat ougandais, Yoweri Museveni, et rwandais, Paul Kagame. Mais cette candidature inquiète sur le continent, les grandes nations et les personnalités fortes – voire clivantes – faisant rarement l’unanimité au moment d’élire le patron de l’organisation panafricaine.

L’opposant kényan Raila Odinga, à Nairobi, le 20 avril 2024.

Du reste, la candidature de Raila Odinga est en partie perçue dans les couloirs de l’UA comme une façon pour William Ruto d’écarter son principal opposant de la scène kényane plutôt que de prioriser les intérêts de l’organisation panafricaine. Le 4 mai, l’homme de 79 ans avouait lui-même ne pas vouloir abandonner son rôle politique au Kenya s’il accédait à la tête de l’UA : « Je pourrai prendre un vol, travailler à Addis-Abeba du lundi au vendredi et être de retour au Kenya le week-end pour m’occuper des affaires courantes. »

« Jouer la carte de la francophonie »

Trois autres Etats se sont pour l’heure officiellement portés candidats : Djibouti, les Comores et la Somalie.

Après vingt années passées à la tête de la diplomatie djiboutienne, Mahamoud Ali Youssouf apparaît comme le principal concurrent de Raila Odinga. Djibouti mise sur ce ministre d’expérience et polyglotte « pour réaffirmer [son] rôle central dans la diplomatie régionale et africaine », selon un communiqué de la présidence. Engagé dans les négociations entre la Somalie et l’Ethiopie pour apaiser les tensions à propos d’un accès à la mer voulu par Addis-Abeba, Djibouti a souvent servi de médiateur dans la Corne de l’Afrique, région turbulente où le petit Etat d’un million d’habitants demeure le seul à afficher une relative stabilité.

L’ancien ministre djiboutien des affaires étrangères Mahamoud Ali Youssouf à la tribune des Nations unies, à New York, le 23 septembre 2023.

Mahamoud Ali Youssouf « pourrait jouer la carte de la francophonie et la carte arabe afin d’être élu », indique un diplomate est-africain au sein de l’UA, qui préfère s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. Mais selon des sources au sein du gouvernement djiboutien, la suspension par l’UA de cinq pays francophones et du Soudan – en raison des coups d’Etat – pourrait contrecarrer les ambitions du petit Etat de la Corne de l’Afrique, qui aura besoin des deux tiers des voix du continent.

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Les Comores, autre pays francophone de moins d’un million d’habitants, se verraient bien accéder au poste de président de la Commission quelques mois seulement après avoir dirigé l’UA dans le cadre de la présidence tournante assurée en 2023 par le dirigeant comorien, Azali Assoumani. Pour cela, l’archipel a désigné l’ancien ministre des affaires étrangères Mohamed El-Amine Souef, qui est l’actuel représentant spécial de l’UA pour l’Atmis, la mission africaine de maintien de la paix en Somalie.

L’ancien ministre comorien des affaires étrangères Mohamed El-Amine Souef lors d’un sommet de la Ligue arabe, à Tunis, le 31 mars 2019.

Dans un contexte de multiplication des foyers de crise sur le continent, le diplomate de 61 ans bénéficie d’un profil axé sur les questions liées à la paix et à la sécurité. Il fut par le passé à la tête de la Minuad (mission hybride de l’ONU et de l’UA au Darfour) et de la Minusma (mission de l’ONU au Mali). « La priorité du continent sera de pacifier la Corne de l’Afrique, car la situation en mer Rouge met en péril la sécurité mondiale », déclare-t-il au Monde. Cependant, dans les couloirs de l’UA, des doutes subsistent quant à la capacité des Comores de mener une campagne continentale en vue du scrutin.

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Face à eux se présentera Fawzia Yusuf Adam, l’unique femme de cette élection, passée par le ministère somalien des affaires étrangères il y a dix ans. Sa candidature a peu de chances d’aboutir. « Un candidat somalien ne peut pas être élu, c’est impossible. C’est un Etat encore failli », confie un diplomate travaillant au sein de l’UA à Addis-Abeba.

L’ancienne ministre somalienne des affaires étrangères Fawzia Yusuf Adam, à Ottawa, au Canada, en octobre 2013.
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