L’histoire devait être la gourmandise du jour au tribunal correctionnel de Paris. Après le défilé des petites mains du trafic de stupéfiants et leurs explications fantaisistes, le fumeur de crack fantomatique, le piteux détenteur d’images pédopornographiques, le harceleur conjugal, le cambrioleur récidiviste et l’alcoolique violent, bref, le désespérant ordinaire des audiences de comparution immédiate, on guettait, jeudi 26 février, le moment où l’on allait enfin pousser la porte de l’Elysée, en ouvrir les tiroirs d’argenterie, les buffets de porcelaine de Sèvres et entendre tinter la cristallerie. Un ex-argentier de l’Elysée comparaissait, aux côtés de deux autres prévenus, pour avoir dérobé et recelé plus d’une centaine de pièces de cette vaissellerie nationale dont on entraperçoit l’éclat sur les images des dîners d’Etat.
Face au tribunal, l’ex-argentier, la trentaine, corps tout rond, calvitie précoce, apparaît enseveli sous la honte. A sa gauche, son compagnon brocanteur, de dix ans son aîné, barbe épaisse, piercing à l’oreille, n’en mène pas large non plus. A sa droite, un jeune collectionneur versaillais, cheveux en brosse, veste de costume et chemise blanche, rougit jusqu’à la pointe des oreilles chaque fois que son nom est prononcé.
L’alerte remonte à l’été 2025, quand l’intendant de la résidence présidentielle constate la disparition de plusieurs assiettes des services Duplessis (dit « aux oiseaux »), Poliakoff ou Alechinsky, de statuettes de Lalique et de pièces d’argenterie. Le service de veille de la Manufacture de Sèvres repère de son côté des assiettes estampillées Elysée sur des sites de vente en ligne. Rapidement, les soupçons s’orientent vers l’un des argentiers du palais, Thomas M., employé depuis cinq ans, dont les inventaires présentent souvent des erreurs.
Une enquête est ouverte, confiée aux gendarmes de la section de recherche de Paris. Ils découvrent que le compagnon de l’argentier, Damien G., gère une société de vente en ligne d’arts de la table. Parmi les objets présentés, dix sont formellement identifiés comme provenant de l’Elysée. Les deux hommes sont interpellés en décembre 2025. Des dizaines d’autres pièces sont retrouvées lors d’une perquisition à leur domicile, dans le casier à l’Elysée de l’argentier et dans sa voiture. Les investigations téléphoniques révèlent par ailleurs que Damien G. est en contact régulier avec un collectionneur de porcelaine versaillais, Ghislain M., gardien au Musée au Louvre.
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