
La cause serait entendue. Unanimement, les agriculteurs dénonceraient l’écologie et les écologistes, vus comme des empêcheurs de tourner en rond. Quant à ces derniers, ils considéreraient les premiers comme d’abominables pollueurs. Bien sûr, des faits et des discours témoignent depuis des années des préventions d’une partie du monde agricole envers les questions environnementales. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et le Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA, aujourd’hui JA), principaux syndicats qui défendaient une agriculture productiviste, ont longtemps marginalisé les agriculteurs en « bio ».
Dans les années 1990 cependant, plusieurs scandales sanitaires, dont celui de la vache folle, ont inquiété les consommateurs. Dans un premier temps, la FNSEA tente de répondre à ces inquiétudes et propose une « agriculture raisonnée » (1993), peu exigeante, qui n’a pas rencontré le succès espéré.
Puis, peu à peu, ce syndicat entre dans une phase d’opposition frontale et son président de l’époque Xavier Beulin dénonce ce qu’il appelle une « écologie punitive et dogmatique » en mars 2012. Il s’oppose alors à ce qu’il considère être des contraintes environnementales et administratives trop fortes. Il instille le doute sur les risques de tel ou tel produit ainsi que sur les prises de position des scientifiques sur les néonicotinoïdes. Il critique l’Union européenne, mais aussi les gouvernements français, qui voudraient aller plus vite et plus loin que ceux des autres pays. De ce fait, selon le premier syndicat agricole, ce sont les mesures environnementales qui entraîneraient la perte de compétitivité de l’agriculture française.
Un ton martial et virulent
A partir de 2016, la FNSEA considère que les courants écologistes critiquent de manière systématique l’agriculture conventionnelle et parle d’« agribashing ». Pour y remédier, elle obtient la création d’une cellule de surveillance en octobre 2019, qui a été critiquée pour avoir surtout surveillé et tenté d’intimider les environnementalistes. En parallèle, des actions parfois accompagnées de déprédations matérielles ont visé des responsables ou des associations écologistes : contre le bureau de la ministre de l’environnement Dominique Voynet en février 1999, contre des directions régionales de l’environnement en novembre 2014, contre des locaux d’associations, en Haute-Garonne, en février 2020, ou pour empêcher la tenue d’une commission locale de l’eau près de Rennes, en décembre 2025.
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