L’après-midi tire à sa fin et le soleil commence à tomber sur la pelouse synthétique de l’US Montargis. Pour terminer la séance, l’entraîneur, Virgile (il n’a pas souhaité donner son nom de famille, comme toutes les personnes désignées par leur prénom), 22 ans, lance un petit exercice ludique : les joueurs, des élèves de 4ᵉ et 3ᵉ du collège du Grand Clos, sont divisés en trois équipes de quatre qui s’affrontent à tour de rôle sur un terrain réduit avec l’obligation de scorer en trois passes seulement. Assita, une grande fille sérieuse de 13 ans et demi, en remontre aux garçons, multipliant petit ponts et contrôles orientés.
Assita habite, avec ses cinq frères et sœurs, Chautemps, la cité la plus proche du complexe. Sa mère est infirmière à l’hôpital local, son père sapeur-pompier à La Défense, près de Paris. Elle rêve de devenir « footballeuse ou cardiologue. Si j’ai le choix, je préfère footballeuse. Je suis arrière centrale gauche et je suis très bonne à mon poste », dit-elle avec aplomb. Chautemps est le quartier le plus pauvre de Montargis. Cela ne saute pas aux yeux lorsqu’on déambule entre la douzaine de petits immeubles de trois ou quatre étages bien entretenus. Mais c’est là que l’on trouve le plus important taux de chômage et de familles monoparentales. Le foot est l’un des seuls espoirs de gagner vite et beaucoup d’argent, avec le trafic de drogue. Le ballon rond est aussi le seul loisir disponible et pas cher : la Maison des jeunes de Montargis, son baby-foot, ses consoles de jeux, ses tables de ping-pong et son billard sont loin, au centre-ville, à une demi-heure à pied.
Les 12 collégiens sont tous licenciés auprès de l’US Montargis qui, avec ses 500 membres, est la première association de la ville : les filles représentent 20 % des adhérents et la section « sport adapté au handicap », une des premières du département, compte jusqu’à 40 membres selon les années. Ici comme ailleurs, le football est un enjeu de pouvoir et de prestige. Le président du club, Cyril Martini, est un restaurateur connu, sympathique et toujours débordé. Il arrive, téléphone vissé à l’oreille : un père de famille veut retirer son fils pour l’inscrire dans un autre club, où on lui promet de mettre son fils sur les rails d’une carrière professionnelle. « Les gens sont fous, tempête Cyril Martini. C’est le cinquième gosse de 10 ans qu’un ancien entraîneur, parti pour un autre club à cause d’un différend, nous arrache cette année. Est-ce qu’il pense à leur bien ? Ils vont devoir faire 60 km aller-retour rien que pour s’entraîner. »
Il vous reste 66.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.











