Serguei est mort. Jeudi 8 janvier, à Paris, à l’âge de 69 ans. Il était dessinateur au Monde depuis quarante-cinq ans et un premier dessin publié en février 1981. Il ne s’agissait pas d’un dessinateur politique ou d’actualité, mais plutôt d’un poète capable de mettre en dessin et de rendre immédiatement lisibles des concepts abstraits, des idées universelles, des mondes rêvés. Sa joie constante de créer – « Moi je me marre, je m’amuse », disait-il souvent, dans un grand éclat de rire –, il la mettait au service d’une critique de ce qu’il appelait un « monde en errance, marqué par l’agonie discrète de toute élégance », un monde imprégné, écrivait-il dans un texte inédit, par « la loi de la mort, la loi du confort », et peuplé de « malfrats glissant sur les plaies béantes de la vraie justice ».
« C’est dans les thèmes universels qu’il était le plus à l’aise », déclare Quintin Leeds, ancien directeur artistique du Monde entre 2005 et 2010, qui ajoute que « le problème du dessin de presse est que sa validité est limitée à l’actualité. Or là, avec Serguei, on est dans autre chose ». Son crayon dessinait des univers imaginaires peuplés de pianos (inspirés de son quart de queue Pleyel 1903), d’anges saxophonistes, de notes de musique animées, de sorcières, de sirènes, de centaures, de méduses, d’oiseaux blancs, de cieux étoilés, de portes dans le désert, d’arbres survivant au pied d’usines aux fumées noires, de prisons aux cellules solitaires dont les barreaux finissent par s’ouvrir sur des horizons libres, de longues-vues pointées vers l’au-delà des cieux nocturnes, de savants, d’ordinateurs, de robots…
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