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Histoires Web vendredi, août 29
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En pénétrant dans la salle des professeurs de son lycée, vendredi 29 août, Mathilde effectuera sa vingt-troisième rentrée. Elle a beau être rodée à ce rituel, elle l’aborde chaque année avec une « anxiété » qui la prend dès le début du mois d’août. Mais l’appréhension n’est plus la même qu’à ses débuts, en 2003. « J’étais dans l’Essonne à l’époque, c’était difficile, et c’est la gestion de classe qui me faisait peur », se remémore cette enseignante d’histoire-géographie en Bretagne, qui souhaite rester anonyme, comme tous les professeurs cités par leur prénom.

Désormais, son angoisse tient à la certitude que son année ne se déroulera pas sans le sentiment récurrent d’être « accablée ». Accablée par la charge de travail, qui s’est « nettement alourdie » pour cette professeure qui fait cours à des classes de 35 élèves et « cour[t] en permanence après le temps » depuis la réforme qui a refondu le lycée en 2019. Accablée, aussi, par la « succession des décisions politiques » qui ont engendré une « instabilité permanente » dans son travail, et par son « absence de confiance en un avenir serein pour l’éducation nationale ». A tel point que, comme elle l’évoque régulièrement avec ses collègues, et bien qu’elle « adore [son] métier », elle ne croit désormais plus « être capable d’être prof toute [s]a vie ».

Les récits comme le sien sont nombreux. Les uns évoquent une « fatigue », les autres une « lassitude », d’autres encore parlent de « résignation », ou bien de « désarroi ». Autant de sentiments évocateurs d’un même mal-être latent, dont plusieurs enquêtes, syndicales mais aussi ministérielles, montrent qu’il prend de l’ampleur dans la profession. Le SNES-FSU, premier syndicat du secondaire, a tiré la sonnette d’alarme, en juin, après avoir réalisé un sondage auprès de 10 000 enseignants, dont 86 % se disaient « désabusés » et les deux tiers déclaraient avoir pensé à démissionner depuis 2023.

Le SE-UNSA aboutit à la même conclusion, parlant d’« écœurement » du personnel dans son baromètre 2025, auquel ont participé 53 000 agents : presque tous affirment « aimer leur métier », mais plus de la moitié veut en changer à court terme. « Si on peut faire une rentrée scolaire sans ministre, on ne peut pas la faire sans les personnels de l’éducation nationale », a prévenu Elisabeth Allain-Moreno, la secrétaire générale de ce syndicat, en présentant ces résultats mardi 26 août. Le SE-UNSA a déposé une « alerte sociale », par le biais d’un courrier envoyé à la ministre, Elisabeth Borne.

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