Une intrusion involontaire
Début mars, Jeffrey Goldberg, le rédacteur en chef de The Atlantic, un mensuel américain orienté à gauche, a décroché un scoop auquel il ne s’attendait pas. Et pour cause : il a été ajouté par erreur à un groupe de discussion très privé, réunissant les plus hauts dignitaires américains, le vice-président des Etats-Unis J. D. Vance, le secrétaire à la défense, Pete Hegseth, le secrétaire d’Etat Marco Rubio, et le conseiller du président Donald Trump sur les questions de sécurité nationale, Michael Waltz. Sur la messagerie cryptée Signal, ces personnalités politiques de premier plan échangeaient autour des plans confidentiels de bombardements contre les positions des rebelles houthistes au Yémen. Le 24 mars, la publication de l’article, mettant au jour une faille criante dans les services de sécurité militaire, a déclenché une vive polémique. En réponse, le président Trump a qualifié Jeffrey Goldberg de « loser » (« perdant ») et de « sleazebag » (raclure).
D’étudiant à gardien de prison
Etudiant, Jeffrey Goldberg choisit d’interrompre ses études à l’université de Pennsylvanie au début des années 1980, pour travailler au Washington Post, avant de partir en Israël, où il fait son service militaire au cours de la première Intifada (1987-1993). Pendant ces années de révolte, le jeune journaliste est engagé comme gardien de prison au pénitencier de Ktzi’ot, au sud du pays, où il rencontre Rafiq Hijazi, emprisonné pour son rôle au sein du Fatah et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Les deux hommes gardent un lien, après la sortie de prison et le retour du professeur de maths palestinien chez lui, à Gaza, dont Jeffrey Goldberg tirera le livre Prisoners : A Muslim And a Jew Across the Middle East Divide (« prisonniers : un musulman et un juif au-delà de la fracture du Moyen-Orient », Knopf, 2006, non traduit), nommé parmi les meilleurs ouvrages cette année-là, selon le New York Times.
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