Le parlementaire de gauche José Maria Balcazar a été élu, mercredi 18 février, à la tête du Parlement péruvien, accédant automatiquement à la présidence par intérim du pays, au lendemain de la destitution éclair de José Jeri, dans un contexte d’instabilité politique chronique.
Agé de 83 ans, cet avocat et ancien magistrat devient le huitième chef d’Etat du pays andin depuis 2016. Il dirigera le Pérou jusqu’à l’entrée en fonction de son successeur fin juillet, après l’élection présidentielle d’avril. « José Maria Balcazar Zalada a été élu président du Congrès de la République. En conséquence, il assumera l’intérim de la présidence de la République du Pérou », a annoncé le Parlement sur son compte X.
Parlementaire depuis 2021, il a été élu lors d’un second vote après un premier tour sans majorité simple pour aucun des quatre candidats en lice. Il a recueilli 60 voix, contre 46 pour sa rivale centriste Maria del Carmen Alva. « Nous allons garantir au peuple péruvien qu’il y aura une transition démocratique et un processus électoral pacifiques, transparents », a-t-il affirmé après avoir prêté serment comme président par intérim.
Visé par des enquêtes pour appropriation illicite de fonds et corruption présumée, José Maria Balcazar avait suscité une vive polémique en 2023 en affirmant devant le Parlement que « les relations sexuelles précoces aident au développement psychologique futur de la femme », lors d’un débat sur l’interdiction du mariage infantile, des propos dénoncés par le ministère de la femme et plusieurs organisations.
La stabilité du huitième président n’est pas garantie, a estimé auprès de l’Agence France-Presse (AFP) l’analyste politique Augusto Alvarez. « On ne peut pas assurer que celui qui remplacera Jeri puisse tenir jusqu’en juillet », avait-il jugé avant le vote.
« Manque d’aptitude » de José Jeri
Le parlementaire de gauche accède à la présidence par intérim au lendemain de la destitution de José Jeri par le Parlement par 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions, bien au-delà du seuil requis de 58 voix. José Jeri faisait face à plusieurs demandes de destitution déposées par la minorité de gauche et un bloc de partis de droite, qui lui reprochaient un « manque d’aptitude » à exercer ses fonctions.
Deux enquêtes préliminaires du parquet pour trafic d’influence présumé ont contribué à sa chute. La première concerne une rencontre secrète avec un homme d’affaires chinois lié à des contrats avec l’Etat, lors de laquelle il avait été filmé entrant, une capuche sur la tête, dans un restaurant. La seconde porte sur son intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement et au palais présidentiel.
Dans un message publié mercredi sur TikTok, il a assuré partir « le cœur plein et en paix » et affirmé qu’il poursuivrait son action politique depuis son siège parlementaire. « Il n’est pas simple de résoudre en quelques mois ce qui est resté en suspens pendant des décennies, mais chaque étape a été franchie avec conviction, responsabilité et engagement », a-t-il ajouté.
José Jeri n’est resté qu’un peu plus de quatre mois à la tête du pays, illustrant une instabilité institutionnelle marquée par un Parlement dominant face à un exécutif fragilisé. Depuis 2016, sur sept présidents, quatre ont été destitués par le Parlement et deux ont démissionné avant de subir le même sort. Un seul a mené son mandat intérimaire à terme.
Dina Boluarte avait été destituée après une vague de manifestations contre la flambée de l’insécurité dans le pays. Le scrutin du 12 avril, avec un nombre record de plus de trente candidats à la magistrature suprême, verra aussi le retour à un Parlement bicaméral.








