A Liévin (Pas-de-Calais), le basculement d’un bastion socialiste au RN entre « ras-le-bol » et résignation
A Liévin, bastion historique du socialisme dans le Pas-de-Calais tombé dimanche dans l’escarcelle du Rassemblement national, des habitants évoquent un vote pour « le changement », sur fond de « ras-le-bol » et de sentiment d’abandon dans cet ancien bassin minier.
Le candidat d’extrême droite Dany Paiva, 30 ans, a remporté l’élection avec 53,5 % des voix face au sénateur socialiste Jérôme Darras, 68 ans, candidat d’union PS-PCF-LFI, parti en campagne au pied levé en janvier après le départ du maire sortant socialiste Laurent Duporge.
Devant l’imposant hôtel de ville de cette commune de 30 000 habitants, marquée par son héritage minier, le nouvel édile, élu sur un programme centré sur la sécurité, entend pour sa première mesure « accompagner la police municipale dans sa mission » afin de mieux comprendre « ce à quoi ils sont confrontés », explique-t-il à l’Agence France-Presse (AFP). Il estime que sa victoire s’explique par « un ras-le-bol général », pointant aussi les différentes alliances de la gauche ces dernières années, brouillant les cartes : « Ils ont payé le prix. »
Dans cette ville marquée par la catastrophe minière de 1974, la plus meurtrière de l’après-guerre en France, le vote RN s’inscrit souvent dans une volonté de rupture. « Le socialisme, il y en a plein les bottes », tranche Philippe Allart, 57 ans, au chômage. Pour Chantal, femme de ménage de 58 ans, « il y avait un ras-le-bol. »
« On n’est pas trop surpris, ça a monté tous les ans », observe Claude Chedin, électeur socialiste et ancien salarié. « On va prendre ce qui vient, on n’a pas le choix… C’est moche, mais voilà. » « C’est bien dommage d’en arriver là », abonde Dominique Limousin, 73 ans, « mais il aurait fallu s’en inquiéter avant au PS ».
Bastion socialiste depuis la fin de la seconde guerre mondiale, Liévin avait déjà basculé vers l’extrême droite lors des scrutins nationaux. En 2022, Marine Le Pen y avait récolté plus de 45 % dès le premier tour de la présidentielle. En 2024, 58 % des électeurs ont voté pour le député RN Bruno Bilde, réélu au premier tour.
Pour le politologue Pierre Mathiot, le RN bénéficie de « l’essoufflement » de municipalités de gauche installées de longue date et d’une stratégie d’implantation reposant sur des candidats « jeunes » et « présents sur le terrain ».











