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Chaque matin, des millions de collégiens et de lycéens se lèvent dans le noir, avalent un petit déjeuner ou l’escamotent, et s’installent en classe à 8 heures, arrivant parfois dès 7 h 30 dans les établissements, dans un état de réveil physiologique qui ressemble davantage à celui du milieu de la nuit qu’à un début de journée. Ce n’est pas de la paresse, ils sont simplement dans une privation de sommeil purement biologique. Et cela fait trop longtemps que nous passons outre.
Sur ce constat, la chronobiologie a tranché depuis plus de vingt ans. À la puberté, le système circadien se modifie et le rythme des adolescents se met en retard de phase. L’horloge biologique interne des adolescents se décale spontanément et plus tardivement d’une à trois heures par rapport à celle des enfants ou des adultes. C’est un phénomène neuronal, documenté par des études sur tous les continents. Un adolescent de 15 ans dont l’endormissement intervient naturellement plus tard n’est pas capable de mobiliser à 8 heures ses capacités attentionnelles, sa mémoire de travail ou son raisonnement. A contrario, s’il dormait davantage, il apprendrait mieux. C’est une évidence scientifique qui attend une décision politique.
En France, des travaux conduits avec le conseil scientifique de l’éducation nationale dans le cadre du programme Innovations ont évalué l’impact concret d’un début des cours à 9 heures au collège. Les résultats sont nets : allongement moyen du temps de sommeil, diminution de la dette accumulée, effets positifs mesurés sur la vigilance, le comportement et l’anxiété. Et fait décisif : le report de l’horaire du matin ne s’accompagne pas d’un coucher plus tardif. Le principal changement concerne l’heure de réveil.
Volume horaire identique
Dans l’académie de Dijon, deux collèges ont franchi le pas en changeant l’horaire de prise de cours, avec un suivi des effets rigoureux. Les ajustements ont porté sur la restauration scolaire et la répartition des heures dans la semaine, sans modifier l’heure de fin de cours. Ces expériences montrent qu’un démarrage à 9 heures est possible dans un cadre public ordinaire, y compris hors des grandes métropoles.
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