Meilleures Actions

En 2001, le directeur de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris Richard Descoings faisait un geste rare dans l’histoire des grandes écoles françaises : il reconnaissait publiquement que le concours ne suffisait pas. Que la méritocratie telle qu’on l’entendait alors fabriquait davantage de reproduction sociale que d’émancipation. Les conventions d’éducation prioritaire (CEP) ne furent pas une faveur accordée aux oubliés du système, mais un aveu lucide de ses limites.

Vingt-cinq ans plus tard, Sciences Po célèbre ce quart de siècle. Nous aussi. Près de 2 400 étudiants ont intégré l’institution par cette voie. Ce sont des vies transformées, des trajectoires arrachées à la reproduction sociale, et des parcours que le concours classique n’aurait jamais su voir. Nous les connaissons, nous les accompagnons et c’est précisément pourquoi nous ne pouvons pas nous contenter de célébrer. Quelque chose semble se refermer, silencieusement : depuis l’intégration de Science Po à Parcoursup en 2021, les données parlent d’elles-mêmes, puisque la part des candidats issus des classes populaires parmi les admis par la voie CEP est passée de 38 % à 29 % en un an. Or, ce recul n’est pas un accident.

L’évaluation centralisée, les écrits personnels codifiés, les soft skills (le « savoir-être ») valorisés dans les nouvelles procédures, tout cela favorise, encore et toujours, ceux qui maîtrisent déjà les codes institutionnels, ce pourquoi la CEP avait précisément été conçue, pour l’éviter. La réforme annoncée pour 2026, avec le retour d’épreuves écrites standardisées, accentue cette tendance. Sous couvert de lisibilité et d’objectivité (argument d’autant plus audible à l’heure de l’intelligence artificielle), le risque est réel de réintroduire les barrières culturelles que la CEP avait voulu abattre, car un écrit standardisé, sans préparation spécifique renforcée dans les lycées partenaires, n’est pas neutre. Il mesure en grande partie ce que la famille, le lycée et le territoire ont – ou n’ont pas – transmis.

Il vous reste 60.65% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.