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Le président du Nigeria, Bola Tinubu, a limogé l’ensemble des dirigeants de la compagnie pétrolière nationale, la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), a annoncé l’un de ses porte-parole mercredi. Cette décision intervient alors que le pays, premier producteur de pétrole du continent africain, fait face à une baisse de sa production de brut depuis plusieurs années.

Mele Kyari, directeur général de la NNPC, ainsi que le président de la société, Pius Akinyelure, un proche allié de Bola Tinubu, ont été remerciés. M. Kyari a été immédiatement remplacé par Bayo Ojulari, ancien directeur général de la filiale nigériane du géant pétrolier et gazier britannique Shell.

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« La restructuration du conseil d’administration [de la NNPC] est cruciale pour améliorer l’efficacité opérationnelle, rétablir la confiance des investisseurs, stimuler le contenu local, favoriser la croissance économique et faire progresser la commercialisation et la diversification du gaz », a déclaré mercredi le conseiller en communication de M. Tinubu, Bayo Onanuga.

Corruption et mauvaise gestion

La NNPC fait l’objet depuis longtemps d’allégations de corruption, d’ingérence politique et de mauvaise gestion. La production de pétrole nigériane a baissé ces dernières années, tombant en 2023 à moins d’un million de barils par jour, loin des 2 millions souhaités par le gouvernement d’ici à 2027.

La compagnie pétrolière d’Etat est censée contribuer à hauteur d’au moins 10 % de la production quotidienne du pays d’ici à 2027. « Le président Tinubu s’attend à ce que le nouveau conseil d’administration fasse passer la part de la NNPC dans la production de pétrole brut à 200 000 barils [par jour] d’ici à 2027 et à 500 000 barils [par jour] d’ici 2030 », a précisé M. Onanuga.

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Une source au sein de la présidence a indiqué à l’AFP, sous requête d’anonymat, que M. Tinubu était préoccupé par la « crise de confiance » entre la compagnie nationale et les acteurs privés du secteur pétrolier. Mais une autre source proche de la présidence a insisté sur le fait que ces remplacements à la tête de la compagnie ne constituaient pas une sanction contre l’ancien conseil d’administration. Le chef de l’Etat « veut ouvrir un nouveau chapitre de la vie de l’entreprise », a ajouté cette source.

Selon l’économiste Kelvin Emmanuel, ces limogeages étaient « attendus depuis longtemps », car le géant pétrolier a « largement sous-performé » sous la direction du conseil d’administration sortant. En août, la NNPC avait publié un bénéfice annuel record de 3 300 milliards de nairas (environ 2 milliards d’euros) pour 2023, mais elle avait signalé quelques semaines plus tard que « les difficultés financières avaient exercé une pression considérable sur l’entreprise ». « L’échec de NNPC a une incidence directe sur les difficultés économiques du Nigeria », a souligné M. Emmanuel.

Crise économique

A son arrivée au pouvoir en mai 2023, le président Tinubu a engagé des réformes structurelles (notamment la fin des subventions sur l’essence et la libéralisation de la monnaie nationale) afin d’attirer les investissements étrangers. Mais les effets immédiats ont été une inflation au-dessus de 30 % en 2024 et un effondrement du naira, plongeant le pays dans sa pire crise économique depuis trois décennies.

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« Cette décision soudaine, le moment choisi pour l’annonce… pourraient effrayer un peu les investisseurs », a estimé auprès de l’AFP Ikemesit Effiong, du cabinet de conseil en risques SBM Intelligence, basé à Lagos, la capitale économique du Nigeria.

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M. Ojulari, tout nouveau directeur général de la NNPC, a récemment dirigé le consortium Renaissance, composé de Petrolin, de l’homme d’affaires béninois-gabonais Samuel Dossou-Aworet, ainsi que de quatre compagnies pétrolières nigérianes, pour acquérir les actifs onshore de Shell au Nigeria. Même s’ils ne sont pas originaires de la même région du Nigeria, MM. Tinubu et Ojulari sont tous deux des musulmans de l’ethnie yoruba.

La nomination de M. Ojulari pourrait provoquer une réaction de l’opposition, qui a déjà accusé le président Tinubu de poursuivre un programme ethnique en vue de renforcer ses chances de réélection. Le Nigeria est divisé en deux parties : le sud, à majorité chrétienne, et le nord, à majorité musulmane. Selon M. Effiong, la nomination de M. Ojulari « va provoquer des réactions, en particulier de la part des politiciens du nord » principalement issus de l’ethnie haoussa.

Le Monde avec AFP

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