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La hausse des prix de l’énergie relance la question de la performance énergétique des bâtiments et la nécessité d’engager de vastes plans publics d’amélioration de l’habitat. Une proposition de loi a été par le groupe La France insoumise (LFI) dans le cadre de sa niche parlementaire de jeudi 24 novembre pour accélérer la rénovation thermique des logements, en garantissant un « reste à charge zéro » pour les ménages les plus modestes réalisant des travaux et en interdisant la location des logements les plus énergivores.

Mais vaut-il mieux changer de fenêtres ou isoler ses combles ? Les maisons anciennes ou très grandes sont-elles les pires passoires thermiques ? Peut-on vraiment isoler sa maison pour un euro ? Nous avons fait le tour de neuf idées reçues sur le sujet.

  1. « Ces vastes plans de rénovation arrangent surtout le secteur du BTP »
  2. « Les pires passoires thermiques, ce sont les grands logements »
  3. « Le problème, ce sont les vieilles baraques à la campagne »
  4. « Un bâtiment ancien est forcément moins bien isolé qu’une construction moderne »
  5. « Pour une bonne rénovation, mieux vaut y aller par étapes »
  6. « Pour un euro, on peut isoler ses combles ou avoir une chaudière neuve »
  7. « La priorité, c’est d’améliorer son système de chauffage »
  8. « Le plus efficace, c’est de changer les fenêtres »
  9. « Pour isoler, la paille ou la laine, c’est naturel et plus sain »

« Ces vastes plans de rénovation arrangent surtout le secteur du BTP »

Plus compliqué

Les plans de rénovation énergétique donnent certes du travail pour plusieurs années aux acteurs du bâtiment et des travaux publics (BTP), mais ce secteur est confronté à des problèmes de pénurie de main-d’œuvre qui l’empêchent de profiter pleinement de ces aides publiques. Lors de l’examen du budget 2023 à l’Assemblée nationale, la majorité s’est d’ailleurs appuyée sur cet argument pour refuser d’ajouter 12 milliards d’euros pour l’amélioration des logements. « L’enjeu de la rénovation est loin de se limiter à une simple dimension budgétaire. Il faut d’abord (…) développer la filière et la planifier. (…) Sans ce travail préalable, toute augmentation de budget reviendrait à ouvrir des crédits qui ne seront pas dépensés », a argumenté Olivier Klein, le ministre délégué chargé de la ville et du logement.

D’après la Fédération française du bâtiment, le secteur n’a jamais cessé de créer de l’emploi (86 600 postes de plus depuis le premier confinement, au printemps 2020), ce qui explique pour partie, avec le manque de jeunes professionnels qualifiés, les difficultés de recrutement encore très fortes. En 2021, une campagne a été lancée pour recruter 150 000 professionnels d’ici à 2023.

En raison de la perturbation des chaînes logistiques engendrée par la crise du Covid-19 et de la consommation des stocks par les industriels, le BTP est confronté à des difficultés d’approvisionnement persistantes en matières premières (les livraisons de ciment, béton, granulat, tuiles et briques sont en recul cette année), provoquant une pénurie de certains matériaux de construction, comme l’acier ou l’aluminium, ainsi qu’à l’envolée des prix de l’énergie.

« Les pires passoires thermiques, ce sont les grands logements »

Faux

Près de 20 % des 36,6 millions de logements français sont très énergivores, selon l’Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE). Parmi ces passoires thermiques, classés en F ou G par le diagnostic de performance énergétique (DPE), on trouve 5,2 millions de résidences principales.

La proportion de « passoires thermiques » est plus élevée pour les petits logements. Un tiers des appartements ou maisons de moins de 30 mètres carrés sont mal classés, contre seulement un huitième pour les surfaces les plus grandes.

L’ONRE propose deux explications à ce constat contre-intuitif :

  • l’occupation des petites surfaces étant souvent plus dense (en mètre carré par habitant) que des logements plus grands, leur consommation d’eau chaude sanitaire par mètre carré est plus importante ;
  • les petits logements disposent très souvent de « surfaces de parois déperditives » (plafonds, sols ou murs, entraînant des pertes de chaleur) importantes par rapport à leur surface habitable, qui augmentent la consommation de chauffage par mètre carré.

« Le problème, ce sont les vieilles baraques à la campagne »

Pas seulement…

Un peu plus de 22 % des logements situés en zone rurale, soit 936 000 habitations, sont des passoires thermiques, selon les estimations du ministère de la transition écologique. Une proportion légèrement supérieure à la moyenne nationale (19,6 %), mais inférieure à celle de l’agglomération parisienne, où elle atteint 23,6 % des logements, soit 1,3 million. Une situation notamment impliquée par la forte proportion (41 %) de logements en copropriété qui se trouvent dans les classes E à G (les moins performantes), selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Le mode de chauffage est en réalité plus pertinent que la distinction ville/campagne pour comprendre les différences de performance énergétique : 44,4 % des résidences principales chauffées au fioul domestique (ou autres dérivés du pétrole) sont des passoires thermiques (F à G). Soit trois fois plus que les habitations dépendantes d’autres énergies : 15,4 % pour les chauffages électriques, 12,1 % pour le gaz et 13,2 % pour le bois).

« Un bâtiment ancien a toujours une performance énergétique moindre qu’une construction plus moderne »

Pas toujours

A rebours de certaines idées reçues, les constructions anciennes, datées d’avant 1948, disposent souvent de « propriétés thermiques plus intéressantes que des constructions des années 1960 ou 1970 », note l’Ademe. Ces habitats, qui représentent un tiers des logements, bénéficient souvent d’« une grande inertie thermique, qui garantit un bon confort d’été et un comportement thermique satisfaisant en hiver ».

Une étude sur le bâti ancien menée par les pouvoirs publics en Alsace en 2015 a même constaté, pour les logements antérieurs à 1948, des étiquettes-énergies « proches de celles de la moyenne nationale des logements ».

Comme le rappelait en 2007 un rapport piloté par la direction générale de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction, les bâtiments anciens sont souvent bien adaptés à leur environnement (ensoleillement, direction du vent, humidité), dépourvus de ponts thermiques entre façades et planchers, construits avec des espaces tampons (cave, arrière-cuisine, combles, etc.) limitant les transferts de chaleur avec l’extérieur, et dans des matériaux ayant une forte inertie. L’Ademe appelle d’ailleurs « à ne pas dégrader ces qualités du bâti ancien » lors d’opérations de rénovation, notant que les propriétés de respiration des parois sont particulièrement importantes.

« Pour une bonne rénovation, mieux vaut y aller par étapes »

Faux

Même si ce type d’opération n’est pas accessible à toutes les bourses, mieux vaut réaliser tous les travaux d’un seul coup pour viser une réelle amélioration énergétique. « Il est vivement recommandé d’isoler l’ensemble de sa maison en une seule ou deux étapes de travaux maximum, insiste l’Ademe. En effet, plus les étapes se multiplient, moins il y a de chance d’atteindre la performance visée. » Par exemple, si l’isolation du toit n’est pas faite en même temps que celle des murs, des ponts thermiques peuvent apparaître s’ils n’avaient pas été anticipés. Cependant, sous certaines conditions incluant « une bonne conception en amont », un dispositif en trois étapes permet aussi d’atteindre des standards de basse consommation, montre une étude récente de l’Ademe centrée sur le logement individuel.

Le Monde

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En outre, « plutôt que de cumuler les chantiers les uns après les autres, rénover globalement votre logement diminue le coût total des travaux et vous rend éligible à des aides supplémentaires de l’Etat », comme le rappelle le site gouvernemental France Rénov’. Parmi elles, le forfait « rénovation globale » de MaPrimeRénov’, ou encore l’aide réservée aux ménages modestes MaPrimeRénov’Sérénité, qui vise un gain énergétique de plus de 35 %.

Ces rénovations globales restent cependant largement minoritaires : seuls 57 117 logements ont bénéficié d’une rénovation globale sur les 750 000 projets de rénovation financés en 2021 par l’Agence nationale de l’habitat (ANAH), soit à peine 8 %.

Le nombre de rénovations règlementairement considérées comme performantes (c’est-à-dire qui permettent « l’atteinte de la classe A ou B au sens du diagnostic de performance énergétique ») est même bien plus faible.

« Pour un euro, on peut isoler ses combles ou avoir une chaudière neuve »

Faux

Attention aux arnaques : depuis le 1er juillet 2021, le coup de pouce « isolation des combles et planchers » a été modifié afin de mettre fin aux offres à un euro, qui pouvaient cacher des pratiques commerciales trompeuses. Le démarchage téléphonique concernant la rénovation énergétique a d’ailleurs été interdit depuis septembre 2020. Le « coup de pouce à un euro » a toutefois été maintenu pour les travaux engagés avant le 30 juin 2022, avec des barèmes moins avantageux.

Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés Rénovation énergétique : la lutte contre les arnaques se renforce

Pour aboutir à des travaux à moindre coût, il faut cumuler plusieurs aides différentes, dont certaines sont conditionnées à des niveaux de revenus. Avant d’accepter un devis de rénovation, il faut déposer une demande de subvention et attendre de connaître son éligibilité et le montant auquel ces travaux donnent droit.

La proposition de loi visant à accélérer la rénovation thermique des logements, déposée par le groupe LFI, qui doit être discutée le 24 novembre à l’Assemblée nationale, prévoit de « cibler les aides à la rénovation en fonction des revenus des ménages, avec un reste à charge zéro pour les plus modestes ». Mais elle a peu de chances d’être votée en l’état, en raison de l’opposition de la majorité.

« La priorité, c’est d’améliorer son système de chauffage »

Faux

Avant de chercher à changer son mode de chauffage, mieux vaut se concentrer sur l’isolation. « Un logement bien isolé conserve mieux la chaleur et consomme donc moins d’énergie », explique, auprès de 60 millions de consommateurs, Florence Clément, coordinatrice de l’information pour le grand public et les jeunes de l’Ademe. Le confort thermique est meilleur dans un logement bien isolé.

Commencer par changer le chauffage avant d’améliorer l’isolation du logement peut se révéler contre-productif, ajoute-t-elle. « Il sera surdimensionné. Or, un fonctionnement en sous-régime accélère l’usure du matériel, dégrade son efficacité, accroît sa consommation d’énergie et ses émissions de polluants. »

Pour éviter de remplacer tous les radiateurs, il est possible de changer uniquement sa chaudière, en particulier si elle est ancienne. Dans tous les cas, mieux vaut bien se renseigner avant d’entreprendre un changement de système de chauffage.

« Le plus efficace, c’est de changer les fenêtres »

Plutôt faux

Si une sensation de froid se fait souvent sentir en s’approchant des fenêtres en hiver, ce n’est pas forcément la première source de déperdition thermique. L’Ademe donne l’exemple d’une maison construite avant 1974 et non isolée : les fenêtres n’y représentent que 10 % à 15 % des pertes de chaleur, soit bien moins que le toit (jusqu’à 30 %) et les murs (de 20 % à 25 %).

Bien sûr, comme le notait en 2011 un rapport du ministère de la ville sur le bâti ancien, ce constat varie selon les caractéristiques de chaque logement : simple ou double vitrage, mitoyenneté… D’où l’importance de bien identifier les sources de déperdition de chaleur au cas par cas.

Pour les ouvertures, comme les fenêtres ou les portes, il ne faut d’ailleurs pas « confondre la perte de chaleur par des défauts de calfeutrements, qui peuvent être corrigés (fuites d’air), et les pertes de chaleur à travers les matériaux eux-mêmes (le verre, le bois) », notait l’étude sur le bâti ancien menée en Alsace en 2015.

« Pour isoler, la paille ou la laine, c’est naturel et plus sain »

Pas toujours

La laine de bois et la ouate de cellulose, deux des matériaux biosourcés les plus répandus, sont aussi « efficaces et saines que les matériaux conventionnels dans des conditions appropriées d’utilisation », a conclu une étude publiée en 2022 par l’Ademe, en invitant à de nouvelles recherches pour des matériaux « en développement, comme le béton de chanvre ou la paille ».

Les matériaux biosourcés, fabriqués à partir de matières premières d’origine animale ou végétale (bois, paille, cellulose, liège, etc.) sont souvent conseillés car ils ont une empreinte carbone limitée. L’aspect écologique n’est toutefois pas forcément un gage de qualité sanitaire : ils peuvent contenir « des additifs nécessaires à [sa] conservation » ou encore des pesticides, prévient l’Ademe, qui déplore qu’il n’y ait « pas de référentiels permettant d’affirmer qu’un produit est sain ou non ». En France, il existe cependant des étiquettes signalant les émissions en polluants volatils, qui peuvent être irritants ou cancérogènes.

Il faut, dans tous les cas, garder en tête qu’un matériau mal choisi ou mal posé peut, par le développement de moisissures, « favoriser des maladies respiratoires chez les occupants du logement », comme le rappelle l’Ademe.

Mise à jour du 24 novembre à 11 heures : ajout d’une étude et de précisions sur la rénovation thermique par étapes.

Mise à jour du 25 novembre à 17 heures : reformulation de la quatrième question

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