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Histoires Web samedi, février 28

Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, l’extrême droite ne pouvait rêver meilleure tête de pont qu’Hénin-Beaumont pour tisser sa toile : un territoire qui ne s’est pas remis de la fermeture des mines, une population frappée par le déclassement et le chômage et le souvenir perdu du temps où la classe ouvrière portait fièrement ses combats.

Surtout, au début des années 2000, il souffre de la gestion calamiteuse du socialiste Gérard Dalongeville, élu en 2001 puis réélu en 2008 avant d’être révoqué de son mandat de maire en 2009. L’enquête sur des marchés publics truqués et l’explosion de la dette déclenchant une forte hausse des impôts locaux ont définitivement discrédité l’équipe municipale. Mais Steeve Briois n’est alors que simple conseiller municipal d’opposition.

Si à chaque scrutin il grignote des voix, c’est l’arrivée de Marine Le Pen qui change la donne. En 2009, elle figure en deuxième place sur sa liste pour le scrutin suivant la révocation du maire, alors en détention provisoire. La gauche l’emporte encore. Les conseils municipaux, parfois chaotiques, se transforment en tribunes politiques. Les accusations volent, les cris fusent. Une foire d’empoigne à laquelle on vient assister comme au spectacle.

En 2014, Steeve Briois est élu dès le premier tour. Dans son opposition, une certaine Marine Tondelier qui forgera sa notoriété dans son combat contre l’équipe municipale frontiste. Dans son livre Nouvelles du front (Les Liens qui libèrent, 2017), l’écologiste raconte comment « au fil des mois, une chape de plomb s’installe. Elle muselle les mécontents, divise les habitants. Qu’ils soient opposants politiques, militants associatifs, employés municipaux, journalistes, les récalcitrants sont harcelés, calomniés et découragés ».

« Recette magique »

Autour, dans le bassin minier, le FN, puis le RN à sa suite, a beau enchaîner les bons scores aux scrutins nationaux, il se heurte encore à des élus locaux de gauche bien installés. Une forme de plafond de verre. Mais en 2020, à Bruay-la-Buissière (21 000 habitants), le RN Ludovic Pajot l’emporte. Après Hénin-Beaumont, c’est la deuxième ville moyenne du territoire à basculer. Une victoire qui sera observée comme un événement majeur de la municipalisation du RN. Le soir du second tour, Steeve Briois, réélu lui avec 74 % des voix dès le premier tour, est à ses côtés pour en faire un symbole.

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