L’assassinat de Mehdi Kessaci, jeudi 13 novembre, a figé Marseille. En pleine journée, en plein Marseille, un jeune homme a été abattu parce que son frère, Amine, refuse de plier devant le narcotrafic. Ce n’était pas une balle perdue. C’était une exécution. Un message adressé à une famille qui se bat et, au-delà, à toutes celles et ceux qui osent défendre les leurs. Un message adressé à l’Etat lui-même.
Le choc est immense. Et il l’est d’autant plus qu’il se produit dans une ville traversée par une injustice que plus personne ne devrait ignorer. Six kilomètres seulement séparent le Roucas-Blanc, parmi les quartiers les plus aisés de France, de la Belle-de-Mai, l’un des plus pauvres d’Europe. Deux mondes qui ne se parlent pas. Deux mondes qui n’ont plus rien en commun, sauf cette violence qui prospère toujours du même côté de la fracture.
Depuis trente ans, Marseille vit ce basculement à ciel ouvert. Et les chiffres le confirment. Le ministère de l’intérieur l’a rappelé en février : 110 personnes ont été tuées en 2024 à cause du narcotrafic, contre 139 en 2023, et 341 ont été blessées [en France]. Sur la même année, 367 assassinats ou tentatives ont été recensés. Dans le même temps, les saisies de cocaïne ont atteint un record historique : 53,5 tonnes, soit + 130 % en un an. Voilà la réalité. Une économie parallèle devenue une puissance qui défie l’Etat, les familles et jusqu’aux institutions qui devraient protéger.
La répression seule ne peut rien
Et il faut dire la vérité : cette économie prospère parce que la consommation explose. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) le mesure depuis des années : 21 millions de personnes ont déjà expérimenté le cannabis, 1,4 million en consomment régulièrement, et la cocaïne touche 1,1 million d’usagers dans l’année. L’Assurance-maladie a elle-même alerté, dans un rapport publié en juillet 2024, sur une hausse de plus de 60 % de l’usage de psychotropes chez les 12-25 ans entre 2019 et 2023. Quand la demande est aussi forte, le marché suit. C’est mécanique. Et c’est ce que les pouvoirs publics refusent de regarder en face.
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