
Une trentaine d’années après la disparition de son auteur, l’œuvre de Karl Popper (1902-1994) pourrait bien connaître un regain d’actualité. Deux publications récentes incitent à le croire. Son autobiographie intellectuelle, La Quête inachevée, publiée en anglais en 1976, traduite en français chez Calmann-Lévy en 1981, est reprise aujourd’hui par Les Belles Lettres (« Le goût des idées », 356 pages, 17 euros). Ce retour du logicien sur son itinéraire permet de mieux comprendre l’homme et de mesurer l’ampleur de sa réflexion. D’autre part, une nouvelle traduction intégrale de La Société ouverte et ses ennemis, aux Belles Lettres également, restitue à ce texte majeur de 1945 son visage et sa pugnacité d’origine, fournissant l’occasion d’en saisir la pertinence pour déchiffrer et combattre les crises actuelles.
Le penseur, né à Vienne, dans une famille de juristes lettrés, est un intellectuel atypique et aventurier. Il projette dans sa jeunesse de devenir ouvrier, se forme à l’ébénisterie, s’imagine un temps une carrière de musicien, avant de se retrouver professeur de mathématiques. Son parcours universitaire n’a rien d’un long fleuve tranquille. De son Autriche natale à la London School of Economics, où il enseigne les dix-huit dernières années de sa vie, en passant par l’université de Christchurch (Nouvelle-Zélande), où il travaille de 1937 à 1946, cet esprit aigu n’a cessé de vouloir transformer la pensée.
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