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Histoires Web vendredi, février 13
« L’Institut du monde arabe doit s’ouvrir davantage à ceux qui incarnent la réalité franco-arabe au quotidien »

L’Institut du monde arabe a été conçu comme une fenêtre ouverte sur les cultures arabes. Pendant des décennies, il a rempli cette mission avec succès, malgré le manque de moyens : faire connaître des patrimoines, des artistes, des pensées venues d’ailleurs, construire un pont diplomatique et culturel entre la France et le monde arabe. Avec le départ de Jack Lang de l’Institut du monde arabe, une page doit se tourner, après treize années d’une présidence plutôt réussie, au dire de la plupart des observateurs. Car le contexte a changé.

La question n’est plus seulement, en effet, celle du regard de la France sur le monde arabe, ou des expositions prestigieuses sur les cultures des pays arabes en France. La « question arabe » n’est plus une question extérieure, c’est un sujet interne, qui porte désormais sur l’identité de millions de Français – musulmans, juifs ou chrétiens – dont l’histoire, la culture, la langue ou les imaginaires s’inscrivent dans cet espace. A l’heure où les débats sur l’identité se durcissent et où les Franco-Arabes font l’objet d’attaques, de soupçons ou de caricatures, l’Institut du monde arabe doit évoluer. Il doit devenir non plus seulement une vitrine extérieure, mais le cœur battant de la culture franco-arabe en France.

Une réalité nouvelle s’est installée : un franco-arabisme est en train de se construire, d’une manière probablement assez proche du franco-judaïsme de la seconde partie du XIXᵉ siècle. Il existe aujourd’hui une synthèse franco-arabe, vivante, créative, multiple. Elle s’exprime dans la langue, la musique, le cinéma, la littérature, l’entrepreneuriat, les formes de spiritualité ou de sécularité. Elle n’est ni une importation ni un entre-deux : elle est une composante de la France contemporaine et peut-être aussi du monde arabe en transformation. Elle a sa part d’ombre – la crise identitaire, la montée de l’islamisme – et sa part de lumière : l’invention d’une identité riche et dynamique.

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