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Dans le quartier populaire de Lille-Sud, les habitants reviennent sur leur vote : « Je connais sa tête, pas son nom »

Au P’tit Pompier, en face du grand cimetière de Lille-Sud, les conversations vont bon train. Dans ce quartier populaire qui a en partie boudé les urnes dimanche – 40,6 % de votants –, il ne faut pas longtemps pour que Rachid Belmimoun entraîne ses voisines de bistrot sur le terrain électoral. Il faut dire qu’il sait y faire, rodé par des décennies de militantisme pour le Parti socialiste lillois. Depuis l’élection de François Mitterrand en 1981, précisément, « toujours sur le terrain, à me battre pour mes idées. J’aurais pu me tatouer sur le dos : socialiste et fier de l’être ».

Il a connu l’ère Mauroy, le règne de Martine Aubry, il se bat maintenant pour faire connaître Arnaud Deslandes, élu maire en mars 2025 pour succéder à Mme Aubry, démissionnaire. « Depuis le premier jour qu’elle lui a passé la main, je suis sur le terrain pour coller, pour parler. Je demande aux gens que je croise s’ils le connaissent, j’explique. Je ne supporterais pas que Lille se retrouve aux extrêmes. »

A la table voisine, Carole Gère, fille de gitans sédentarisés pendant les années 1960 à Lille-Sud, est allée voter pour le maire sortant, pas de discussion là-dessus : « Je connais sa tête, pas son nom, je ne les retiens pas facilement. » Elle l’a croisé un jour au P’tit Pompier, étape un peu incontournable pour un candidat en campagne : « Il était super sympa. Il a joué au 421 et nous a payé un verre. »

Dans ce quartier où la municipalité a beaucoup investi pour tenter de ramener de la mixité sociale et améliorer le bâti, cette ancienne employée dans la restauration et l’hôtellerie aujourd’hui à la retraite trouve qu’« il faut plus de police qui tourne. Trop de problèmes avec la drogue, il y a des endroits, c’est compliqué ».

Elle réclame aussi « plus d’animations pour les séniors », parce qu’après une vie de travail et six enfants élevés, « impossible de me payer des vacances, dit-elle. On n’a pas beaucoup de loisirs ». Avec sa belle-sœur, qui vient de la rejoindre au café, elle court les après-midi lotos organisés par des associations. La semaine dernière, elle a gagné un bon d’achat de 30 euros chez Leclerc. Ça se prend.

Dimanche, elle votera à nouveau Arnaud Deslandes, assurant ne pas être au courant de l’alliance signée avec les écologistes pour le second tour et que peu lui importe. Pour la présidentielle, sûr qu’elle optera pour Jordan Bardella s’il est candidat : « Il parle bien à la télé. Il est simple. Il est franc. Bon, c’est pas rapport au racisme, hein, j’ai des petits-fils métis et dans mon immeuble il y a des étrangers, ça se passe très bien. »

A quelques mètres du P’tit Pompier, Jamma Laïd, 21 ans, attend son bus, fière de préciser qu’elle a voté dimanche « pour Lahouaria », la candidate « insoumise », qu’elle appelle par son prénom. A Lille-Sud, elle n’est pas la seule. Lahouaria Addouche a été le premier choix des habitants (40,57 % des votes). Animatrice en périscolaire à l’école Turgot du quartier, elle rêve « de transports gratuits, de parkings en ville qui ne soient pas hors de prix ». Elle a découvert la candidate La France insoumise (LFI) sur les réseaux sociaux « où elle donne de bons arguments. C’est la plus sociale » même si, comme elle le reconnaît, « je n’ai pas beaucoup regardé les autres ». C’est quoi un(e) bon (ne) maire ? « Quelqu’un qui écoute les citoyens, qui se donne les moyens d’agir, même si tout n’est pas possible », répond-elle. 

Florence Traullé (Lille, correspondante)

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