La rue Dorée, ce sont les Champs-Elysées de Montargis (Loiret), mais en plus ancien car elle existe depuis le Moyen Age. Cette longue artère rectiligne relie, en suivant un axe nord-sud, la belle église gothique Sainte-Madeleine à la place Victor-Hugo, qui ouvre sur le boulevard des Belles-Manières, où se tient le marché tous les samedis. Avec ses boutiques − de vêtements surtout − alignées au cordeau et ses vitrines apprêtées, c’est le symbole de la richesse de la ville. On vient ici depuis tout l’est du Loiret pour s’habiller, flâner, manger une glace et se montrer.
Alors autant dire que lorsque plusieurs dizaines d’émeutiers ont saccagé la rue Dorée et sa perpendiculaire, la rue du Général-Leclerc, dans la nuit du 29 au 30 juin 2023, deux jours après la mort de Nahel à Nanterre, détruisant 116 commerces et incendiant trois immeubles, c’est le cœur de Montargis qui a volé en éclats. Le contrecoup a été rude : « Les émeutes ont été suivies d’une baisse de la fréquentation du centre-ville, confie Karim – qui préfère ne pas donner son nom de famille –, de la librairie Manga & Co, installée dans une rue piétonne. Pas les Montargois, qui savent qu’ils ne risquent rien ici, mais plutôt la clientèle des campagnes alentour. Ils ont eu peur pour leurs voitures. » La chute de 20 % sur le reste de l’année 2023 a été résorbée depuis, mais la blessure ouverte par les émeutes reste présente dans les esprits.
Désormais, un autre mal guette : la crise économique, en particulier dans le secteur du textile, avec son corollaire, le spectre de la mort lente du centre, comme dans tant de villes petites et moyennes. Le cycle est bien connu : fermetures des commerces, désertification, paupérisation, et ainsi de suite. En 2024 et 2025, une demi-douzaine de boutiques ont fermé rue Dorée, toutes dans l’habillement : André, Camaïeu, Jules, Mango, Naf Naf, Jennyfer. Suffisant pour alimenter les discours sur un déclin inexorable. Et pour faire réagir Sandrine Bartoloméo, gérante de la chapellerie Chapo & Co, qui a posté, en avril 2025, un cri d’alarme sur Facebook : « Stop aux clichés ! Y’a plus rien à Montargis ? Faux ! », suivi d’un appel à « acheter local » plutôt qu’aux « multinationales sans âme ».
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