Le 25e conseil des ministres franco-allemand, qui s’est tenu vendredi 29 août à Toulon, l’a confirmé : avec Friedrich Merz, Emmanuel Macron a trouvé un interlocuteur qui partage les mêmes ambitions réformatrices et le même volontarisme européen. Chaleureuse, la relation qu’a nouée le président français avec le nouveau chancelier allemand, en fonctions depuis un peu moins de quatre mois, contraste de façon saisissante avec la cordialité crispée qui a caractérisé, pendant trois ans et demi, le tandem qu’il formait avec Olaf Scholz.
Face aux bouleversements géopolitiques qui secouent le monde, et alors que la politique du président américain, Donald Trump, notamment sur le plan commercial, met à rude épreuve la cohésion de l’Union européenne, une telle entente entre les dirigeants des deux plus grands pays du continent est fondamentale. Mais elle n’est pas suffisante.
Dans la feuille de route qu’ils ont présentée à Toulon, les deux dirigeants ont affiché leur volonté de surmonter les désaccords des dernières années sur les sujets les plus sensibles, l’énergie, le commerce, l’espace ou le numérique, sans oublier la défense. Ils ont aussi réaffirmé leur engagement d’être aux avant-postes pour assurer la sécurité du continent, en continuant à soutenir activement l’Ukraine.
Assise précaire
Mais les bonnes intentions sont une chose, les actes en sont une autre. La rencontre de vendredi n’a pas dissipé le flou qui demeure sur la façon dont Paris et Berlin entendent offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine. Les questions les plus disputées entre les deux capitales ont été largement laissées de côté. Ainsi du système de combat aérien du futur qui patine sévèrement, ou du contentieux sur l’accord de libre-échange négocié avec les pays du Mercosur, qui reste entier.
Cette absence d’avancées concrètes est d’autant plus préoccupante que les deux dirigeants sont très fragilisés politiquement. Cent jours après son arrivée au pouvoir, M. Merz ne bénéficiait que de 32 % d’opinions favorables, contre 56 % pour Olaf Scholz et 74 % pour Angela Merkel au même moment de leur mandat. Alors que l’Allemagne vient de franchir la barre des 3 millions de chômeurs pour la première fois depuis 2015, le chancelier aborde sa première rentrée à la tête d’une coalition déjà très éprouvée par des dissensions internes, tandis que l’extrême droite frôle les 25 % d’intentions de vote – du jamais-vu en Allemagne depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
En France, l’assise politique d’Emmanuel Macron est encore plus précaire. Même si la Constitution donne au président français davantage de marges de manœuvre que n’en a le chancelier allemand, la chute annoncée du gouvernement de François Bayrou, le 8 septembre, menace de plonger le pays dans une crise politique venant s’ajouter à une situation économique et budgétaire dégradée.
A Toulon, vendredi, M. Macron s’est voulu rassurant. Promettant d’« exercer jusqu’à son terme » le « mandat qui [lui] a été confié par les Français », et refusant de faire « de la politique-fiction » quant à une éventuelle nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale, le président de la République a affirmé que la « feuille de route » signée avec l’Allemagne « engageait la France dans sa continuité ». A ses côtés, M. Merz s’est également voulu confiant : « Le moteur franco allemand a redémarré », s’est-il félicité. Mais, pour tourner, ce moteur n’a pas seulement besoin de volonté, il lui faut aussi de la stabilité. Une condition que la France est bien en peine de garantir.