Sortir des énergies fossiles n’est plus seulement un impératif climatique : c’est désormais également un instrument central de souveraineté et de sécurité pour l’Union européenne (UE). Cette réalité s’était imposée avec force lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022, qui avait provoqué une crise énergétique brutale. Elle s’est encore accentuée ces derniers mois.
Les bouleversements géopolitiques récents ont achevé de lever les dernières illusions. Avec l’enlèvement du président vénézuélien, Nicolas Maduro, par les Etats-Unis, le 3 janvier, et les menaces de Donald Trump de s’emparer du Groenland les semaines suivantes, les Européens ont pris la mesure de leur vulnérabilité, y compris vis-à-vis de leur allié historique, devenu imprévisible. Le recours massif aux combustibles fossiles importés apparaît désormais pour ce qu’il est : une faiblesse stratégique majeure et un enjeu d’indépendance politique.
La dépendance aux énergies fossiles « reste le talon d’Achille de nos systèmes énergétiques », reconnaissent Ed Miliband, secrétaire d’Etat britannique à l’énergie, et Dan Jorgensen, commissaire européen à l’énergie, dans une tribune publiée dans Politico – dans laquelle ils citent la Russie, mais pas nommément les Etats-Unis. En 2024, les énergies fossiles représentaient encore 73 % de la consommation d’énergie primaire de l’UE, alors même que 95 % du pétrole et près de 90 % du gaz sont importés.
En coupant le robinet russe, l’UE a remplacé une dépendance par une autre. Les Etats-Unis fournissent actuellement 58 % du gaz naturel liquéfié (GNL) consommé dans l’Union. D’ici à 2030, ce taux pourrait atteindre 75 % à 80 %, selon une étude de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis. L’accord conclu en juillet 2025, prévoyant l’achat de 750 milliards d’euros d’énergie américaine sur trois ans, illustre cette fuite en avant. Juridiquement fragile, politiquement contesté, économiquement irréaliste, il traduit surtout une stratégie défensive, dictée par la crainte d’une guerre commerciale et d’une rupture d’approvisionnement.
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