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Histoires Web samedi, février 28

Quand on découvre les hauts murs bordés de douves du Château d’Issan, à Margaux-Cantenac (Gironde), troisième grand cru classé de 1855, on entre dans l’histoire. Au XIIe siècle, alors nommé La Mothe-Cantenac, il peut s’enorgueillir de voir son vin servi lors des noces d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre. A la fin du XVIe siècle, il devient Issan. Ensuite, les vignes ont produit de superbes jus, des rouges, jusqu’à ce que les propriétaires donnent un peu de place aux blancs parmi les 70 hectares (ha) du domaine.

En 2020, la maison s’aperçoit, quasi par hasard, que le 45e parallèle nord traverse le domaine, et qu’il passe aussi par le vignoble de la vallée du Rhône, près de la célèbre colline de l’Hermitage, raconte Emmanuel Cruse, directeur général de Château d’Issan. « On s’est dit pourquoi pas un grand blanc ici ? Après avoir dégusté à l’aveugle quelque 35 vins de toutes les régions de France, nous avons choisi les cépages rhodaniens. » Le « Blanc d’Issan » était né, composé à parts égales de marsanne, roussanne, rolle et viognier, sans aucun cépage bordelais. « L’idée était de faire un beau vin, quitte à s’affranchir des codes », explique Emmanuel Cruse. Résultat : un premier millésime en 2024 (40 euros), aux arômes de fruits et de fleurs, et minéral. Mais il est produit en quantité trop limitée, regrette-t-on : un peu plus de 2 000 bouteilles, contre 150 000 pour le premier vin (rouge, bien sûr) de Château d’Issan.

Audace ? Peut-être. Symbole, sans aucun doute : le blanc comme un rayon de lumière. Car le contexte est celui de la crise intense du vignoble bordelais, à 90 % rouge, qui, en raison de bouteilles qui n’arrivent plus à se vendre, a vu sa production tomber à un niveau historiquement bas – quelque 443 millions de bouteilles en 2025 contre près de 700 millions en 2015. Mais les blancs secs ne s’en sortent pas trop mal, enregistrant un recul de « seulement » 13 % en dix ans pour les appellations d’origine contrôlée (AOC), quand les vins rouges et rosés ont accusé une chute de 36 %. De quoi encourager les vocations. Le blanc a tout de même teinté 46 millions de bouteilles en 2025.

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