A Toulon, Patricia G. va voter pour la première fois à 61 ans
Patricia G., qui n’a pas voulu donner son nom de famille, est accoudée au bar du Bistrot de Saint-Jean. Cette mère de cinq enfants, ex-employée d’une maison de retraite, passera voter en fin de journée. A 61 ans, ça sera la première fois.
Comme plusieurs autres habitués de ce bar de quartier populaire, elle glissera dans l’urne un bulletin pour Laure Lavalette, députée RN et candidate à la mairie de Toulon. Il y a quelques semaines, la candidate est venue au bistrot et « a serré la main de tout le monde, même les Maghrébins », assure Patricia. « Elle était vraiment sympa, elle est venue en jean, sans jugement, simple. Il se dégageait quelque chose de très humain d’elle. Alors que je pense que ce n’est pas trop son genre d’endroit. » Michel Bonnus (LR), le candidat adoubé par l’ancien maire de la ville, est passé, lui aussi, au bistrot. Mais il a mangé en vitesse, n’a pas commandé de dessert, avait l’air « mal à l’aise, à se demander un peu ce qu’il faisait dans un endroit comme ça ».
Patricia regrette surtout que son quartier perde ses terrains de basket et les lieux où les enfants peuvent se défouler. « Du coup, ils traînent dans la rue », dit-elle. Laure Lavalette, pense Patricia, saura recréer des espaces verts pour les jeunes. Ainsi que « s’occuper de ceux qui profitent » : ceux qui, selon elle, « touchent des aides sans rien faire ». Le fils de Patricia habite toujours chez elle, à 31 ans. Il touche le RSA. « Je passe mon temps à le secouer. J’essaie de lui faire comprendre qu’il ne peut pas dépendre de maman et de l’Etat comme ça. Les gens qui profitent et ne travaillent pas n’ont pas leur place. »
Romain Abadie, 31 ans, est, lui, venu voter en costume trois pièces. L’enseignant d’histoire-géo s’est déplacé dans son ancien quartier, dimanche, alors qu’il a déménagé depuis. « Il faut absolument tenter d’empêcher l’extrême droite de reprendre Toulon. Il y a quand même un risque qu’elle passe au premier tour », explique-t-il. En 1995, la préfecture du Var était devenue la première commune de plus de 100 000 habitants conquise par le Front national. Un précédent que le parti cherche d’ailleurs à occulter aujourd’hui, tant la gestion de la ville fut un fiasco. La candidate, Laure Lavalette, députée RN et porte-parole de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2022, n’a d’ailleurs pas repris la flamme sur son affiche de campagne.
« Si on se dit que tout est foutu, que ça ne sert à rien de voter, alors vraiment, on a tout perdu, estime Romain Abadie. Même si, il faut l’avouer, ce n’est pas facile d’être un électeur de gauche sur ces terres. » Alors, il se raccroche aux petites choses : la solidarité toulonnaise, son milieu associatif, ses luttes de gauche. « Il faut savoir où les chercher, c’est tout. »











