Rarement les échanges diplomatiques entre la France et l’Allemagne avaient été aussi vifs et la perspective récente, mais encore bien vague, d’une coopération dans le domaine de la dissuasion nucléaire n’y change rien. Dès le lendemain de la formulation par le président de la République française, le 11 février, de la proposition de lancement d’« eurobonds d’avenir », destinés à financer de grands projets européens dans les technologies vertes et numériques, ainsi que dans le domaine de la défense, le chancelier allemand, Friedrich Merz, s’est empressé d’affirmer que l’Allemagne s’opposait à cette idée, rappelant que le plan de relance européen, conçu en 2020, au moment de la crise liée au Covid-19, ne l’avait été que du fait « de situations exceptionnelles ».
Nouvelle réaction, le 16 février, cette fois-ci du ministre des affaires étrangères allemand, Johann Wadephul – un proche du chancelier – après le discours du président français à la Conférence de Munich sur la sécurité, défendant le concept de souveraineté européenne, notamment en matière de sécurité : « Quiconque en parle doit agir en conséquence dans son propre pays. Les efforts déployés jusqu’à présent par la République française sont insuffisants pour y parvenir. » Ces prises de position publiques révèlent un profond malaise entre les deux pays, qui risque de fragmenter l’Union européenne. La lecture de la presse allemande lors de la visite à Rome du chancelier Merz, le 23 janvier, montre qu’il ne s’agit pas de malentendus passagers.
Cette rencontre bilatérale a bénéficié d’une couverture médiatique inhabituelle. Le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung daté de ce même jour est allé jusqu’à estimer que l’aura de cette visite a notamment tenu au fait que « d’autres partenaires intimes de Berlin ne sont plus fiables », l’Allemagne ayant relevé que « le président français est affaibli politiquement et [que] sa marge d’action est très étroite ». De son côté, le journal Handelsblatt [quotidien économique] de la veille observait que « [la dirigeante italienne Giorgia] Meloni prend de plus en plus la place du président français en tant que partenaire le plus étroit de Merz ».
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