Le ministre de l’éducation israélien, Yoav Kisch, a annoncé, lundi 24 mars, qu’il avait décidé de disqualifier la sociologue Eva Illouz, qui devait recevoir le prix Israël. En cause : la signature par l’intellectuelle d’une pétition, adressée en 2021 à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, demandant une enquête pour déterminer si Israël avait commis des crimes de guerre en Cisjordanie.
Instauré en 1953 par Ben-Zion Dinur, ministre de l’éducation, le prix Israël est le plus prestigieux du pays. Il est décerné chaque année par un comité scientifique anonyme à des personnalités israéliennes ou à des organisations ayant marqué l’année sur le plan culturel ou scientifique. Il a distingué, entre autres, l’écrivain Aharon Appelfeld, le philosophe Gershom Scholem, le cinéaste Amos Oz ou encore l’Institut Yad Vashem. Il devait récompenser cette année Eva Illouz, Franco-Israélienne d’origine marocaine, installée en France depuis trois ans, où elle est directrice d’études à l’EHESS, après trente années passées en Israël.
Eva Illouz, connue à la fois pour ses travaux sur les liens entre émotions et capitalisme – notamment Pourquoi l’amour fait mal (Seuil, 2012), son plus gros succès – et ses prises de position politiques, a publié dans la presse internationale nombre de tribunes critiquant la politique israélienne.
Dans une lettre adressée au comité du prix, M. Kisch a déclaré : « Il n’y a absolument pas lieu de décerner le prix le plus prestigieux d’Israël à quelqu’un qui, en raison d’une idéologie clairement anti-israélienne, a choisi de se tourner vers une institution [la CPI] qui n’hésite pas à déposer de fausses plaintes contre des commandants et des soldats de l’armée israélienne. »
En 2021, plus de 180 scientifiques, personnalités et intellectuels israéliens avaient adressé un appel au procureur général de la CPI, l’exhortant à ne pas s’appuyer sur les autorités israéliennes pour enquêter sur les crimes de guerre présumés commis à Gaza.
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