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« Le Pétrole dans la seconde guerre mondiale », de Daniel Feldmann : l’essence même de la guerre

« Le Pétrole dans la seconde guerre mondiale », de Daniel Feldmann, Passés composés/Ministère des armées, 448 p., 24 €, numérique 16 €.

Dès les années 1930, le caractère absolument vital du pétrole dans les guerres futures ne fait aucun doute pour les observateurs des enjeux stratégiques, tel le lieutenant-colonel de Gaulle : « Demain, les moteurs combattants s’arrêteront, sitôt brûlée la dernière goutte d’essence » (Vers l’armée de métier, 1934). Cette évidence s’impose aux dirigeants politiques et militaires de l’époque, dont les dilemmes et les choix sont superbement retracés par Daniel Feldmann dans son étude Le Pétrole dans la seconde guerre mondiale.

A la veille de la guerre, toutefois, ils affrontent un paradoxe : le combustible liquide est devenu indispensable à l’intégralité des armements motorisés modernes, des lourds cuirassés aux frêles avions de reconnaissance, mais presque aucune grande puissance ne dispose de réserves ou de gisements importants de pétrole, en dehors des Etats-Unis, à une époque où le Moyen-Orient arabe ne livre encore que des quantités dérisoires. L’approvisionnement en carburant est d’autant plus incertain pour les dirigeants du Japon impérial, du IIIe Reich ou de la IIIe République que le marché pétrolier échappe largement aux hommes d’Etat et à leurs diplomates, contrôlé qu’il est par trois puissantes compagnies, les majors (Jersey Oil, Shell, Anglo-Persian), lesquelles s’entendent pour en fixer prix et quantités suivant leurs intérêts propres, et maîtrisent toute la filière, « du puits à la pompe ».

Comme elles, l’ouvrage couvre la totalité des enjeux pétroliers du temps de guerre, depuis le convoyage risqué du liquide par des tankers sur l’Atlantique, à la merci des torpillages, jusqu’aux prouesses en sabotage des Soviétiques pour rendre inutilisables leurs puits à l’approche des troupes nazies. L’auteur, ingénieur de formation, excelle à rendre compte dans un langage lisible d’enjeux très techniques, comme ceux qui concernent l’indice d’octane du carburant d’aviation.

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