Lette, un ingénieur si laid que sa femme (pourtant amoureuse) ne regarde que son œil gauche, subit une opération esthétique menée par un médecin faustien. Beauté neuve, nez droit, peau lisse « d’œuf pelé », il devient le visage de son entreprise, dope les ventes du connecteur de courant fort pour automobiles qu’il a mis au point, séduit les femmes par dizaines, noue une liaison avec une riche septuagénaire sous l’œil envieux du fils homosexuel de cette dernière. Problème : son succès est tel que les « Lette » se multiplient dans la rue, le chirurgien jouant ad libitum du bistouri et du marteau avec une foule de candidats imitateurs.
Allégorie d’un monde qui se plie à la conformité de la norme dominante au détriment de la différence, Moche, pièce caustique de l’auteur allemand Marius von Mayenburg, est mis en scène par Aurélien Hamard-Padis. Il s’arrange au mieux de l’exiguïté de la scène du Studio-Théâtre de la Comédie-Française, au Louvre, en conjuguant avec habileté les effets de lumière et de son pour marquer les changements de rôle, de séquence, d’espace et d’ambiance.
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