Livre. De House of Cards à La Fièvre, de Borgen à Dans l’ombre, les séries télévisées ont trouvé dans le politique une matière de premier choix au XXIe siècle. Elaborées en regard de cet autre feuilleton qu’est l’actualité, les séries, de plus en plus réalistes et de plus en plus informées, constituent de véritables « points d’entrée » pour « penser les catégories fondamentales du politique aujourd’hui », estiment les chercheurs Bruno Cautrès et Virginie Martin en introduction de Jeux de pouvoir. Quand les politologues regardent des séries (Cerf, 280 pages, 20,90 euros). L’ouvrage, qu’ils codirigent, propose ainsi une quinzaine de « décodage[s] politico-sociéta[ux] » de feuilletons à succès par des spécialistes des sciences politiques.
Ces spectateurs avertis s’emploient à mettre en lumière la façon dont nos séries préférées agissent comme des « incubatrices de conscience » politique. La véritable vedette de la série Parlement, nous souffle par exemple le constitutionnaliste Benjamin Morel, n’est pas son protagoniste principal – Samy Kantor, assistant parlementaire au Parlement européen –, mais bien l’institution elle-même ; une institution dont les acteurs (et bientôt les spectateurs) « semblent être les seuls à comprendre les enjeux ».
Autre exemple, la participation de Don Draper, héros de la série Mad Men, à l’élaboration d’un spot publicitaire télévisé pour la campagne électorale de Richard Nixon en 1960 est plus qu’un simple clin d’œil à l’histoire de la télévision américaine. Elle propose une habile réflexion sur la naissance du marketing politique outre-Atlantique, note de son côté le politiste Philippe Marlière – un sujet que la science politique a quant à elle tardé à prendre au sérieux.
Les « fous scénarios » de Trump II
Les contributions, très informées, renvoient vers de nombreux auteurs, ouvrages et concepts auxquels ces productions culturelles font souvent écho sans le savoir. On peut cependant regretter que, si les intrigues et les dialogues servent souvent de support à l’analyse, la réflexion n’aborde que rarement la mise en scène, empêchant de comprendre la façon singulière dont les productions audiovisuelles s’approprient ce passionnant matériau.
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