Une tortue, un paon, un âne, un cerf, un ours et un loup : chacun est posé sur une sphère et celles-ci sont suspendues dans le vide. Ce système stellaire a en son centre une immense figure féminine aux bras écartés dont la moitié inférieure a le galbe d’une amphore antique. Sa tête est une autre sphère lisse, sans visage. Elle tourne lentement sur elle-même. Au-dessus d’elle passe en flèche un grand héron. Toutes ces figures ont la même couleur de terre sombre, qui suffirait à ce que l’on reconnaisse immédiatement l’artiste qui a conçu ce dispositif, l’Allemande Gloria Friedmann.
Ses sculptures semblent flotter dans le grand vide central des Galeries Lafayette du boulevard Haussmann, à Paris, sous la verrière ouvragée et partiellement parée de vitraux. Au-dessous, il y a les stands des marques de luxe du grand magasin. Quand cet espace monumental, vivement coloré et bruyant lui a été confié le temps d’une création, Friedmann a eu vite fait de mesurer les difficultés de l’exercice. Comment être visible dans un tel décor, saturé de lumières, de couleurs et d’articles de consommation ? Comment obtenir que visiteuses et visiteurs, venus en clients ou en touristes, lèvent les yeux des rayons de parfums et de mode et se demandent ce qu’il y a au-dessus de leurs têtes ?
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