Le ministre des affaires étrangères sud-africain, Ronald Lamola, a convoqué mercredi le nouvel ambassadeur des Etats-Unis, Brent Bozell, pour lui demander des explications au sujet de propos jugés « non diplomatiques », moins d’un mois après son arrivée à Pretoria.
Brent Bozell a pris ses fonctions alors que les relations bilatérales étaient fortement dégradées. Les Etats-Unis reprochent, notamment, à l’Afrique du Sud la plainte pour génocide contre Israël en raison de la guerre dans la bande de Gaza déposée devant la justice internationale et une prétendue persécution des Afrikaners, les descendants des colons européens.
Lors de sa première prise de parole en public après son arrivée, en février, M. Bozell a dénoncé les paroles « haineuses » du chant Kill the Boer, Kill the Farmer (tuez le Boer, tuez le fermier), issu de la lutte contre le régime d’apartheid.
La justice sud-africaine a jugé, par le passé, que le slogan historique « Kill the Boer » ne constituait pas un discours de haine et qu’il devait être considéré dans le contexte de la lutte de libération contre le régime ségrégationniste mis en place par la minorité blanche.
« Je n’ai que faire de ce que vos tribunaux disent »
« Je suis désolé, mais je n’ai que faire de ce que vos tribunaux disent, c’est un discours de haine », a déclaré, mardi, le diplomate américain, lors d’une rencontre avec des chefs d’entreprise. Mercredi, il a semblé faire machine arrière. « Je tiens à préciser que, même si mon opinion personnelle – comme celle de nombreux Sud-Africains – est que le Kill the Boer constitue un discours de haine, le gouvernement des Etats-Unis respecte l’indépendance et les conclusions de l’appareil judiciaire sud-africain », a-t-il écrit sur X.
Lors d’une rencontre avec le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, à la Maison Blanche en mai 2025, Donald Trump avait diffusé la vidéo de l’opposant radical sud-africain Julius Malema reprenant le chant. Le président Ramaphosa avait rétorqué que l’intéressé était un adversaire politique.
L’ambassadeur américain a, par ailleurs, critiqué un programme économique destiné à corriger les inégalités héritées de l’apartheid et à favoriser l’accès à l’emploi pour les Noirs, estimant que ces politiques avaient entraîné une « stagnation » de l’économie. Les programmes de discrimination positive à l’embauche ne sont « pas du racisme inversé, comme l’a malheureusement laissé entendre l’ambassadeur », a réagi mercredi Ronald Lamola.
« C’est un instrument fondamental conçu pour remédier aux déséquilibres structurels propres à l’histoire singulière de l’Afrique du Sud. C’est un impératif constitutionnel que le gouvernement sud-africain ne pourra et ne voudra jamais abandonner », a-t-il ajouté.












