Avec la fin de la trêve hivernale, mardi 31 mars au soir, la crainte d’une intensification des expulsions locatives ressurgit. Portées par l’accumulation des impayés et un cadre juridique plus strict, celles-ci pourraient dépasser en 2026 les niveaux déjà inédits atteints l’an dernier, s’inquiètent les associations d’aide au logement.
En un an, le nombre d’expulsions réalisées avec le concours de la force publique avait augmenté de 27 %, atteignant 30 500, soit deux fois plus qu’en 2016, selon les données des commissaires de justice. Elles avaient déjà explosé de 87 % en 2024 par rapport à l’année précédente, en raison de l’aggravation de la crise du logement et du reliquat de dossiers d’impayés datant de la période du Covid, qui n’avaient pas pu être traités avant.
Instaurée pour la première fois en 1956, la trêve hivernale suspend les expulsions locatives ainsi que les coupures d’électricité et de gaz entre le 1er novembre et le 31 mars, soit pendant les cinq mois traditionnellement les plus froids de l’année.
« Recréer un lien de confiance entre le propriétaire et le locataire »
« Ça va encore augmenter. Vincent Jeanbrun, c’est le bourreau des locataires, il voudrait 50 000 expulsions par an », a attaqué Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au Logement (DAL), lors d’un point d’associations d’aide au logement. Selon lui, le ministre du logement « veut accélérer les expulsions locatives comme au Canada », où le marché locatif est « très libéral, avec des congés sans motif ».
Vincent Jeanbrun cite en effet régulièrement le « modèle canadien » qui prévoit « une sortie beaucoup plus rapidement du logement » en cas d’impayés notamment, mais aussi des facilités dans « l’entrée dans le logement, car il y a moins de demande de garanties », a-t-il expliqué dimanche lors d’une interview sur CNews-Europe 1-Les Echos. M. Jeanbrun dit vouloir « recréer un lien de confiance entre le propriétaire et le locataire », estimant que c’est « à cette seule condition » que se résoudra « la crise du logement ».
Au sein du fonds de solidarité habitat (FSH) du Val-de-Marne, Bernard Thoreau, également membre de la Confédération nationale du logement, « voit de plus en plus de femmes seules avec enfants et de personnes âgées » demander de l’aide pour éviter d’être expulsées. Selon une étude de la Fondation pour le logement des défavorisés, un tiers des personnes expulsées se retrouvent sans aucune solution pérenne de relogement « et ce, un à trois ans après leur expulsion ».














