Chaque fois que les prix de l’électricité montent en Europe, les gouvernements se précipitent pour baisser les taxes, distribuer des aides, plafonner les tarifs de détail et chercher des solutions budgétaires à ce qui est, en réalité, un problème de conception du marché de l’électricité.
Les taxes ne sont pas à l’origine de la hausse des factures d’électricité. Le problème se situe en amont, sur le marché de gros, où les prix du gaz continuent trop souvent de se répercuter sur l’ensemble des prix de l’électricité. Tant que les centrales à gaz fixeront le prix pendant un grand nombre d’heures, le moindre choc géopolitique se traduira immédiatement par une hausse des prix de l’électricité, une poussée inflationniste et une perte de compétitivité.
L’Europe a payé très cher ce mécanisme pendant la crise énergétique de 2022, et elle ne devrait pas se résigner à en subir de nouveau les conséquences. C’est pourquoi la solution ibérique mérite d’être réexaminée, non comme une anomalie locale héritée de la dernière crise, mais comme un modèle d’action commune à l’échelle européenne.
Ce qu’ont fait l’Espagne et le Portugal était, dans son principe, assez simple. Au lieu de chercher à compenser la hausse pour les ménages et les entreprises une fois que les prix de gros avaient déjà augmenté, ils ont agi directement sur la formation de ces prix. En plafonnant le coût du gaz pris en compte par les centrales fossiles sur le marché, ils ont réduit les offres des unités qui fixaient le prix, et ont donc fait baisser le prix de l’électricité payé par l’ensemble du système. Ce faisant, ils ont aussi limité les rentes exceptionnelles perçues par d’autres producteurs – nucléaire, hydroélectricité, renouvelables –, qui ne consomment pas de gaz mais profitent de prix de marché gonflés par celui-ci.
C’est ce qui distinguait la solution ibérique des nombreuses réponses budgétaires adoptées ailleurs en Europe. Il ne s’agissait pas simplement de mobiliser l’argent du contribuable pour compenser des prix excessifs : il s’agissait d’empêcher, en amont, que ces prix ne s’envolent. La différence est essentielle. Lorsqu’un gouvernement se contente de baisses d’impôts ou de subventions publiques, il transfère la charge sur les contribuables. Le mécanisme ibérique, lui, agissait là où naissait la distorsion.
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