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Histoires Web mercredi, février 25

La Russie a ‌annoncé, mardi 24 février, une enquête contre le fondateur de Telegram, Pavel Durov, dans le cadre d’une affaire pénale impliquant des accusations de terrorisme alors que Moscou cherche à bloquer ​la plateforme de messagerie cryptée.

Cette information est relayée par des articles quasi identiques publiés dans Rossiïskaïa Gazeta et Komsomolskaïa Pravda, les deux médias d’Etat russes affirmant s’appuyer sur des « documents du FSB ».

« Les actions du dirigeant ‌de Telegram, P. Durov, font l’objet d’une enquête dans le cadre d’une affaire pénale pour crime au titre de la partie 1.1 de l’article 205.1 [soutien à des activités terroristes] du code pénal russe », rapportent ces deux médias. Ils affirment que l’application Telegram est devenu un outil de l’OTAN et de l’Ukraine, largement utilisée par des radicaux ⁠et des terroristes, et ‌qu’elle représente une « menace pour notre société ».

Selon Можем объяснить (Mojem Obiasnit littéralement, « Nous pouvons expliquer », média d’investigation en exil mais au sérieux reconnu classé par la Russie comme un « agent étranger »), les articles sur l’ouverture de cette enquête pénale pourraient avoir été rédigés personnellement par le directeur du FSB, Alexandre Bortnikov, collaborateur régulier de Rossiïskaïa Gazeta.

Les articles affirment que la messagerie aurait été utilisée lors de l’attentat du Crocus City Hall ainsi que pour les assassinats de Daria Douguina et du général Igor Kirillov. Les enquêtes pour infractions terroristes relèvent de la compétence du FSB. Alexandre Bortnikov avait auparavant déclaré que les services de sécurité avaient été en contact avec M. Dourov, « sans que cela n’aboutisse à quoi que ce soit de positif ».

Répression contre les réseaux sociaux basés à l’étranger

Telegram n’a pas répondu à ​une demande de commentaire et M. Durov n’a pas pu être joint. L’application a nié à plusieurs reprises les allégations de ‌la Russie selon lesquelles elle ‌serait un refuge pour les activités criminelles et compromise ⁠par les ‌services de renseignement occidentaux et ukrainiens.

Depuis sa création en 2013, l’application Telegram ‌est devenue l’une des sources ​d’information les plus importantes en Russie, y compris pour les soldats des deux côtés de la ligne de ‌front dans l’est de l’Ukraine. L’application est utilisée par le Kremlin ainsi que par les blogueurs et les propagandistes favorables à Vladimir Poutine. Telegram est aussi un outil pour les groupes d’opposition au président russe à l’étranger et pour les responsables ukrainiens, dont le président Volodymyr Zelensky.

Lire aussi | L’utilisation de Telegram restreinte en Russie, les autorités dénoncent une absence de lutte contre l’usage « à des fins criminelles et terroristes » de la messagerie

Depuis plusieurs mois, Moscou tente de renforcer son contrôle sur ​Telegram. Les autorités russes ont d’abord ralenti les appels vocaux et vidéo, puis bloqué brièvement l’application pour certains utilisateurs au début du mois. Telegram fonctionnait toujours mardi à Moscou.

M. Durov a dénoncé, le 10 février, une « mesure autoritaire » de Moscou et affirmé que Telegram ne changerait pas de cap. « Telegram défend la ‌liberté et la vie privée, ‌quelle ⁠que soit la ​pression exercée », a déclaré le milliardaire de 41 ans né à Leningrad, la ville natale de ​Vladimir Poutine, et qui réside désormais aux Emirats arabes unis.

La Russie a décidé de bloquer la messagerie américaine WhatsApp, très populaire dans le pays, du fait de la « réticence » de l’entreprise à respecter la loi russe, au moment où Moscou cherche à promouvoir une application locale plus facile à contrôler.

Selon le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, l’autorité de régulation a pris la décision de bloquer WhatsApp et l’a « mise en œuvre ». Mercredi, cette filiale du groupe américain Meta a dénoncé une tentative de la Russie de la « bloquer complètement ». Dmitri Peskov a, dans le même temps, appelé les Russes à utiliser comme autre option l’application russe MAX, lancée en 2025, la présentant comme une « messagerie nationale en émergence », qui revendique plus de 75 millions d’utilisateurs.

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Le Monde avec AFP et Reuters

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