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Il est un peu plus de 17 heures, à Valleiry (Haute-Savoie), en ce début du mois d’avril. Inutile de regarder l’heure pour le savoir, tendre l’oreille suffit dans cette commune frontalière située au sud-ouest de Genève. La rumeur de la circulation automobile sature l’endroit. Et pour cause : le défilé des voitures traversant le village est incessant, principalement de la Suisse vers la France – le matin, elles transitent dans l’autre sens. Tout comme du côté de Saint-Julien-en-Genevois ou d’Annemasse, un peu plus loin à l’est, dans le même département. L’encombrement de ces axes routiers symbolise à lui seul les défis auxquels ce territoire est aujourd’hui confronté.

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« A cette heure, les frontaliers rentrent chez eux », explique une trentenaire travaillant dans la commune (elle n’a pas souhaité donner son nom). A Valleiry (1 748 habitants en 1990, 4 907 en 2020), 74 % des actifs travaillent en Suisse. « Dans le quartier où j’habite [à côté de la commune], il y a un travailleur frontalier dans chaque couple. Ce n’est pas possible de vivre ici autrement », poursuit-elle. Ou alors, estime un autre Haut-Savoyard, Sélim Labaille, père de famille de 30 ans, « il faut faire des concessions. Mais je comprends qu’ils ne veuillent pas en faire, je ne jette pas la pierre aux frontaliers. »

Ces derniers peuvent espérer des salaires jusqu’à trois fois plus élevés qu’en France. La tentation helvétique est donc forte. Sélim Labaille et son épouse, eux, travaillent à l’hôpital public français, à Annecy et, plus au nord, à La Roche-sur-Foron. Ils ont acheté à crédit un appartement à rénover dans la banlieue d’Annecy : 260 000 euros au total, pour 80 mètres carrés, dans le seul quartier qui leur était financièrement accessible. « Mais je ne mets plus d’argent de côté depuis un an, et, pour la première fois depuis que je travaille pour l’hôpital, soit depuis neuf ans, mon compte bancaire s’est retrouvé à découvert. Sur le long terme, il n’y a que le salaire suisse qui peut fonctionner. »

« Cohésion sociale »

Dans le centre de Saint-Julien-en-Genevois (7 922 habitants en 1990, 15 739 en 2020), le patron du bar-restaurant Le Galta cherche actuellement l’équivalent d’une équipe entière. Lucas Daniel, 24 ans, est venu lui prêter main-forte au service et au bar. Il travaille ici trois jours par semaine, pour un salaire mensuel net de 1 200 euros, parce qu’il aime bien le patron. Le reste du temps, il va travailler en Suisse, vingt heures pour 2 000 euros net. « C’est à trois minutes d’ici », sourit celui qui s’est justement installé à la frontière franco-suisse avec l’objectif de mettre de l’argent de côté.

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