Nous continuons à projeter sur les femmes au pouvoir une promesse implicite d’émancipation collective. Cette projection, certes confortable, est aussi politiquement naïve.
L’histoire des droits des femmes n’a jamais été linéaire. Chaque avancée s’est accompagnée d’un retour de bâton. A l’approche des municipales des 15 et 22 mars, ce contrecoup prend une forme particulière : le leadership féminin devient le lieu d’une redéfinition stratégique du féminisme lui-même. Lorsque les rapports de pouvoir sont contestés, la réaction ne consiste pas toujours à nier les droits acquis mais, parfois, à en modifier le sens. Le féminisme, devenu central dans l’espace public, ne peut plus être relégué à la marge. Il est intégré au discours politique dominant, ce qui en fait aujourd’hui un enjeu stratégique.
Pour les élections municipales à Paris, Rachida Dati et Sarah Knafo concentrent leur programme sur la sécurité, l’autorité et la maîtrise de l’espace public, conformément à la matrice idéologique de leur camp. Ce qui change, en revanche, c’est le cadrage : ces priorités sont présentées comme répondant aux attentes spécifiques des femmes, dont la protection serait devenue l’enjeu central. Cet habile tour de passe-passe pare des orientations politiques classiques des couleurs du féminisme.
Se dire féministe est donc devenu, pour beaucoup de dirigeants politiques, un passage obligé. La défense des droits des femmes constitue un capital symbolique qu’aucun parti ne peut désormais ignorer. Mais que recouvre ce mot dès lors qu’il n’est plus associé à une remise en cause des écarts de rémunération, de la répartition du pouvoir économique ou des normes sociales qui structurent encore les trajectoires professionnelles et personnelles ?
Erosion du progrès
Ce phénomène trouve une expression plus radicale dans le fémonationalisme de Thaïs d’Escufon ou du collectif Némésis. Les codes et le vocabulaire féministes y sont pleinement assumés, mais mis au service d’un récit identitaire qui ne vise aucune nouvelle conquête. L’égalité femmes-hommes n’y est plus un projet d’émancipation, mais le chapitre d’un récit nostalgique de restauration sociale, assumant un retour aux rôles traditionnels et à une hiérarchie des genres présentée comme naturelle. Cette tension éclaire un malentendu persistant : la présence de femmes au sommet de l’Etat ne garantit en rien un progrès féministe.
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