
Si Isaac Newton revenait soudainement parmi nous, se matérialisant en pleine rame de métro d’une capitale quelconque de notre village-monde, il serait porté à trouver des similitudes troublantes entre l’organisation des galaxies et celle qui, désormais, structure nos sociétés. Car un même paradoxe phénoménal saute aux yeux ici et là. A regarder le métropolitain d’aujourd’hui, regard vissé au portable, on a quelque peine à trancher : celui-ci vit-il sous le régime d’une absence complète d’interaction avec ses semblables ou, à l’opposé, sous celui d’une interaction totale et impérieuse, décidant à sa place de son chemin dans l’Univers ? Un paradoxe que l’on peut retrouver presque à l’identique dans la destinée des étoiles.
En effet, un simple calcul montre tout d’abord que l’action gravitationnelle de l’étoile la plus proche de notre Soleil est environ un milliard de fois plus petite que la force exercée par Jupiter, autant dire qu’elle passe inaperçue dans le bilan de forces global de notre étoile. Ce résultat est une conséquence de la densité stellaire très faible dans la Voie lactée, qui garantit aussi que la collision de notre Soleil avec une autre étoile au cours de sa vie a une probabilité presque nulle d’advenir. A contrario, on ne peut quand même pas dire que notre Soleil ne subit aucune influence de la part des autres étoiles, puisqu’il tourne autour du centre de gravité de la galaxie, un mouvement entièrement imposé par l’interaction totale avec l’ensemble des milliards d’étoiles qui la composent.
Les humains en sont là, pourrait penser Newton : insensibles désormais même à nos voisins immédiats, nos attentions sont pourtant polarisées comme jamais à travers « le réseau », par quelques très grands acteurs numériques qui captent et uniformisent au bout du compte nos trajectoires personnelles.
Reconfigurations et échanges
Sauver notre physicien du désespoir ne devrait pas être trop difficile, cependant. Car, au XXe siècle, on a compris que d’autres régimes d’interaction existent dans le monde physique, qui sont créateurs d’échanges et de complexité. Prenons par exemple le cas familier du chlorure de sodium NaCl, le sel de cuisine. Les ions Na+ et Cl− qui le composent forment ensemble un cristal en condition sèche, mais se séparent et vivent des vies indépendantes une fois dans l’eau, car les molécules d’eau sont très efficaces pour séparer les charges positives et négatives et réduire l’attraction électrostatique qu’elles éprouvent naturellement.
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