La récente note de Bercy a ravivé le débat sur l’injustice fiscale. On sait qu’au moins 18 500 foyers français disposant d’un patrimoine supérieur à 1,3 million d’euros ne paient aucun impôt sur le revenu, voire bénéficient d’un impôt négatif. Au cœur de cette controverse : les holdings patrimoniales.
En vingt ans, le revenu annuel des 40 700 ménages les plus riches a plus que doublé. Le 0,1 % gagne, selon l’Insee, 167 fois plus que le quart des foyers modestes. Pourtant, en traitant les inégalités uniquement par le prisme de l’impôt, on regarde l’aval du processus. L’essentiel se joue en amont, dans la formation et la consolidation des patrimoines.
Début 2024, 10 % des ménages détiennent plus de 858 000 euros de patrimoine brut. Mais, au-delà des montants, c’est la composition qui importe : plus le patrimoine est élevé, plus il est constitué d’actifs financiers et de titres de propriété, c’est-à-dire de droits sur l’économie. Le 1 % le plus riche détiendrait 36 % du patrimoine financier français, d’après [l’association] Oxfam. Cette concentration apparaît clairement dans le classement des 500 premières fortunes françaises : on n’y trouve ni footballeurs ni chirurgiens, mais presque exclusivement des actionnaires de groupes industriels et financiers.
Le revers de la médaille
Le débat public continue pourtant de se focaliser sur la taxation des patrimoines déjà constitués, laissant dans l’ombre le moment décisif où la valeur produite par l’activité économique devient patrimoine privé durable, transmissible et protégé.
Depuis plusieurs décennies, cette transformation passe par la multiplication de holdings. Ces sociétés ne produisent rien directement ; leur raison d’être réside dans la détention de participations dans d’autres entreprises, souvent organisées en ensembles imbriqués, peu lisibles de l’extérieur. Loin d’être un détail technique, la holding est devenue un pivot de l’accumulation contemporaine : elle permet de dissocier l’activité productive de la propriété du capital, logée dans des structures spécifiques, faiblement exposées, juridiquement protégées et fiscalement optimisées.
Il vous reste 62.69% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.











