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Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis le choc pétrolier de 1973, mais il flotte un parfum d’ancien monde dans l’actualité : une guerre au Moyen-Orient, les cours de l’or noir qui s’envolent, la crainte d’une contagion au reste de l’économie.

Toujours prêt à l’autocélébration, Donald Trump pourrait se targuer d’avoir vu juste en proclamant la domination des énergies fossiles. L’escalade du conflit dans le golfe Persique lui donne raison au moins sur un point : le pétrole conserve une influence redoutable sur la géopolitique et l’économie mondiale. Il a suffi que le baril de brut dépasse le seuil psychologique des 100 dollars, lundi 9 mars, pour que souffle un vent de panique sur les Bourses et parmi les gouvernements.

Le tableau, pourtant, n’est plus le même qu’il y a cinquante-trois ans. A l’époque, le pétrole couvrait près de la moitié des besoins énergétiques planétaires, et un embargo décrété par les pays arabes exportateurs avait multiplié les prix par quatre en quelques mois. Aux Etats-Unis, alors importateurs nets, de longues files d’attente se formaient devant les stations-service tandis que le piège de la stagflation – une combinaison toxique d’inflation et de croissance nulle – se refermait sur l’économie.

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Entre-temps, la part de l’or noir dans la demande énergétique mondiale est passée au-dessous de 30 %. Les sources d’approvisionnement se sont diversifiées, réduisant le poids relatif du Moyen-Orient. Les Etats-Unis sont d’ailleurs devenus le premier producteur mondial de brut grâce à la révolution des pétroles de schiste. Quant aux ressources bas-carbone, elles se sont nettement développées avec la prise de conscience de la catastrophe climatique en cours. Si un tiers des dépenses mondiales dans le secteur de l’énergie va aux combustibles fossiles, les solutions pour les remplacer, dont le photovoltaïque et le nucléaire, ainsi que les réseaux électriques, attirent désormais deux fois plus d’investissements.

Cependant, la quantité de pétrole consommée mondialement a presque doublé depuis le début des années 1970. Et le gaz naturel, utilisé pour faire tourner les usines, pour produire de l’électricité et chauffer les maisons, joue un rôle beaucoup plus important qu’autrefois. Se passer, même brièvement, des hydrocarbures qui transitent via le détroit d’Ormuz risque d’avoir des effets délétères sur l’économie. La flambée des prix de l’énergie sape le pouvoir d’achat et la compétitivité. Autre conséquence désastreuse, la crise est une aubaine pour la Russie agresseuse de l’Ukraine, qui augmente ses exportations et ses recettes pétrolières.

Les Etats-Unis de Donald Trump ne sont pas immunisés. La production domestique de pétrole y évolue à un niveau record, mais l’envolée des cours mondiaux se répercute sur les prix à la pompe. Ainsi, non seulement le locataire de la Maison Blanche a engagé une guerre aux objectifs mal définis, mais il n’en a pas anticipé les conséquences, y compris sur l’inflation, sujet de préoccupation majeur des Américains, à l’approche des élections de mi-mandat.

Lundi, il a assuré que le conflit était « quasi » terminé, provoquant un reflux spectaculaire des cours. Certains y ont vu le retour d’un comportement résumé par un acronyme en vogue chez les investisseurs, TACO, qui signifie « Trump always chickens out » (« Trump se dégonfle toujours »). C’est en tout cas une nouvelle manifestation du caractère erratique et inconséquent de sa politique.

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Le Monde

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