L’Ukraine subit une nouvelle épreuve, malgré elle. Un mois après l’attaque lancée conjointement contre l’Iran par les Etats-Unis et Israël, elle affronte une menace qu’elle ne pouvait pas anticiper : celle de devenir une variable d’ajustement, comme vient de le déplorer dans Le Monde le président Volodymyr Zelensky.
Car les conséquences de l’improvisation périlleuse de Donald Trump se font déjà sentir, et elles sont alarmantes. Il y a quelques mois, en octobre 2025, le président des Etats-Unis avait fini par se laisser convaincre que faire pression sur Moscou produirait plus de résultats que reprendre à son compte ses revendications et refuser de le tenir pour ce qu’il est, l’unique responsable d’un conflit effroyable. Des sanctions contre le pétrole produit en Russie avaient enfin été imposées par les Etats-Unis, fragilisant une économie mise au service de la guerre déclenchée il y a quatre ans.
Mais Donald Trump a levé ces sanctions dès qu’il a pris conscience qu’un Moyen-Orient à feu et à sang ferait grimper les prix du pétrole et risquerait de relancer une inflation qu’il promettait de tenir en respect en arrivant la Maison Blanche. Le résultat de cette coupable inconséquence, qui n’a guère eu d’effet sur le prix des carburants, est que son homologue russe, Vladimir Poutine, a moins de raisons aujourd’hui d’envisager ne serait-ce qu’un cessez-le-feu en Ukraine.
La guerre intensive en cours en Iran, et les représailles du régime iranien, a pour autre conséquence de vider les arsenaux américains. Au point de pousser le Pentagone, selon le Washington Post, à réorienter vers les alliés des Etats-Unis sur la rive arabe du Golfe des armes prévues initialement pour Kiev, que les Européens entendent financer. Il s’agit notamment de moyens de défense antiaériens. Soumis depuis des années aux vagues de missiles et de drones russes, les civils ukrainiens en ont pourtant autant besoin que les pétromonarchies du Golfe.
Pris de court par l’instrumentalisation du détroit d’Ormuz par un régime iranien aux abois, affaibli militairement comme jamais, Donald Trump a vainement tenté d’impliquer l’OTAN dans la réouverture de ce goulet stratégique. C’était oublier que la vocation de l’Alliance atlantique est défensive et qu’elle n’a pas été conçue pour pallier les mauvais calculs stratégiques des Etats-Unis.
La tiédeur des Etats membres envers cette aventure moyen-orientale a ravivé les critiques du locataire de la Maison Blanche contre l’institution transatlantique. Donald Trump a laissé entendre qu’il était prêt à exercer un chantage : forcer ses alliés à intervenir sous les ordres de Washington ou bien prendre le risque d’un désengagement plus grand encore des Etats-Unis en Ukraine.
Les informations de la presse américaine faisant état d’une aide russe à Téhéran en matière d’identification des cibles américaines potentielles dans le Golfe montrent pourtant que ces deux conflits sont étroitement liés. Cette continuité est symbolisée par une arme devenue décisive : le drone. Accepter de baisser la garde sur le front ukrainien revient à démultiplier la force de l’adversaire sur le second.
Il faut donc souhaiter que la diversion que constitue l’attaque américano-israélienne contre l’Iran s’interrompe au plus vite. Le camp occidental doit rester concentré sur la guerre que lui impose un président russe aveuglé par son revanchisme.










