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La revue des revues. « Le décor est d’ordre sensoriel et primaire ainsi que la couleur, et il convient aux peuples simples, aux paysans et aux sauvages. » La phrase est signée Le Corbusier, et elle ouvre le dernier numéro de Décor, la revue de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs. Contre cette relégation du coloris et du décoratif « aux périphéries du modernisme, du côté du primitif et du sauvage, ainsi que de la femme et du luxe », comme le précise l’introduction, ce cinquième numéro – titré « Nuances » – s’attache à remettre le « langage politique et sensible » qu’est la couleur en pleine lumière, pour montrer comment elle façonne profondément nos manières d’agir et de penser.

Le résultat est un bel objet, à mi-chemin entre la revue académique, le catalogue, le projet d’étude et le nuancier. Au vu du nombre d’entrées et de domaines explorés (design, mode, graphisme, photographie, sculpture, scénographie, animation, textile, jeu vidéo…), la cohérence de cette réflexion sur les théories et pratiques contemporaines de la couleur a de quoi impressionner. Au fil des articles – notons celui consacré à l’utilisation de la couleur dans les stratégies d’obsolescence des objets par l’historienne Jeanne Guien –, des entretiens – dont celui de l’architecte Philippe Rahm par Lou Ramage, consacré à l’usage du blanc dans l’architecture – et des retours de terrain – la contribution de la designer Sophie Larger issue de sa thèse, consacrée à l’esthétique de l’apaisement en milieu psychiatrique –, la couleur apparaît pour ce qu’elle est : un « phénomène total », toujours changeant et toujours signifiant.

Eloge du dégradé

Elle est, en cela, chargée d’enjeux. Ecologiques, d’abord : ainsi les designers textiles Clément Bottier et Isabelle Rodier appellent-ils à une (re)prise de conscience de la matérialité de la couleur, évacuée depuis l’avènement de l’ère industrielle – le noir, aujourd’hui synonyme de sobriété, étant par exemple « vorace en matière colorante, en énergie et en adjuvants chimiques ». La solution avancée ? « Travailler des univers colorés raisonnés » pour rendre nos imaginaires et nos pratiques plus soutenables.

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