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La scène, impensable jusqu’à récemment, se déroule le 24 avril dans un parc non identifié, très certainement dans la capitale, Ankara. Le chef de la formation d’extrême droite, le Parti d’action nationaliste (MHP), Devlet Bahçeli, marche lentement, seul, sans un mot, face caméra. La musique qui accompagne la vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, est celle du crooner Ferdi Tayfur, une chanson d’amour éperdu, dans la plus pure tradition arabesque : « Tu m’as toujours enchaîné comme un esclave, je suis devenu ton ami et tu es devenu un ennemi. Si je dis que tu es un traître, c’est toi qui me le fais dire. Ce que j’ai souffert de ta part suffit. »

Métaphore politique ? Message subliminal ? Les deux ? La presse et les réseaux sociaux ont immédiatement fait des gorges chaudes de cette vidéo. Bahçeli, figure de l’ultranationalisme turc le plus réactionnaire et vociférant, symbole vivant, à 76 ans, du virage autoritaire de Recep Tayyip Erdogan, avec qui il s’est allié après le coup d’Etat raté de juillet 2016, aurait-il changé de style ? Ces images ont ouvert un abîme de questions dans cette Turquie où souffle un vent nouveau depuis les élections municipales du 31 mars.

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L’adresse de Devlet Bahçeli fait suite au revers cinglant subi par la coalition au pouvoir lors de ce scrutin. Non seulement le Parti de la justice et du développement (AKP) du président n’est plus la première formation politique du pays, mais le MHP a perdu, tout comme les autres formations nationalistes, plus de la moitié de ses voix par rapport aux élections générales de 2023. La formation de Bahçeli, avec 4,9 %, a glissé à la cinquième place, derrière le parti prokurde DEM. De quoi ébranler certains équilibres.

Cinq jours après la diffusion de la vidéo, le chef de l’Etat s’est rendu au domicile de Bahçeli, pour la première rencontre entre les deux hommes depuis leur débâcle électorale. Rien n’a filtré de ce tête-à-tête. Le 2 mai, le même Erdogan a rencontré Özgür Özel, chef de la formation victorieuse du scrutin, le Parti républicain du peuple (CHP), qui s’est déplacé au siège de l’AKP.

Changement de ton notable

L’événement a été qualifié d’« historique » par l’opposition et les médias progouvernementaux. Jamais, en huit ans, le président ne s’était ainsi réuni avec le chef de file du principal parti de l’opposition. La rencontre a duré une demi-heure et s’est terminée sans conférence de presse. Mais la présence de Namik Tan, membre du CHP et ancien ambassadeur à Washington et en Israël, laisse à penser que le conflit à Gaza et les relations entre les Etats-Unis et la Turquie ont probablement été abordés, au même titre que les salaires, l’Etat de droit et l’ébauche d’une nouvelle Constitution souhaitée par M. Erdogan.

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