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Histoires Web dimanche, février 22

Ouverts entre 2006 et 2008, les établissements pénitentiaires pour mineurs accueillent des jeunes âgés de 13 à 18 ans. Leur création avait été justifiée à l’époque par la volonté d’investir davantage dans l’éducation et la réinsertion : budget considérable, bâtiments modernes, salles de classe, activités en tous genres. Presque vingt ans plus tard, j’ai voulu comprendre ce que ça signifie d’être un jeune confronté à la prison. Non pas depuis la perspective des textes de loi ou des discours institutionnels, mais en observant les trajectoires, les voix, les corps de celles et ceux qui vivent cette réalité.

A raison de deux jours par semaine, fixés par la protection judiciaire de la jeunesse et l’administration pénitentiaire, j’ai tenté de créer un espace de co-création avec les jeunes qui habitent ces lieux. Nous évoluons dans la prison, sur les murs des graffitis réalisés lors d’ateliers, quelques citations d’auteurs et d’autrices bombées au pochoir, des cartes du monde épinglées ici et là. Dans les cellules, la relation et l’atmosphère peuvent changer du tout au tout. Certains écrivent, d’autres dessinent, certains parlent, d’autres sont mutiques. Sur les murs sont écrites leurs histoires, plus ou moins mythifiées, et parfois des phrases simples, qui semblent résumer des années de galère : « A 22 heures, j’ai rendez-vous avec la mort. »

Lorsque le ou la jeune est libéré·e ou transféré·e, ses écrits sont recouverts d’une nouvelle couche de peinture. Le mille-feuille s’épaissit. Au fil des mois, le lieu change. Les grilles des fenêtres des cellules, souvent sciées pour y passer une main ou un objet, sont remplacées, puis stockées temporairement à l’extérieur, à côté de piles de vitres brisées.

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