Le président américain, Donald Trump, a affiché, vendredi 27 février, son mécontentement sur « la manière des Iraniens de négocier », au lendemain d’une troisième session de pourparlers à Genève entre les deux pays, sous médiation omanaise. Mais « nous n’avons pas pris une décision finale » sur de possibles frappes, a ajouté le républicain à des journalistes, sur fond de déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient, le plus important depuis des décennies, et de craintes d’un embrasement régional en cas d’attaque américaine.
Mais le chef de la diplomatie omanaise, Badr Albusaidi, qui agît en tant que médiateur, a assuré, vendredi, qu’une percée avait eu lieu dans les discussions, affirmant que Téhéran avait accepté de ne pas stocker d’uranium enrichi. « C’est quelque chose de complètement nouveau, qui rend vraiment l’argument de l’enrichissement moins pertinent, parce que désormais nous parlons de l’absence de stockage », a-t-il expliqué sur la chaîne américaine CBS.
Plus tôt dans la journée, Donald Trump avait exigé que l’Iran n’effectue « aucun enrichissement » d’uranium. « Vous n’avez pas besoin d’enrichir quand vous avez autant de pétrole », a déclaré le républicain lors d’un déplacement au Texas.
« Une avancée très importante »
Badr Albusaidi a ajouté que toutes les questions relatives à un accord pouvaient être résolues « à l’amiable et de manière exhaustive » dans un délai de trois mois. Accusant l’Iran – qui dément – de vouloir se doter de la bombe atomique, les Etats-Unis insistent pour une interdiction totale d’enrichissement d’uranium, Téhéran ayant jusqu’alors défendu son droit au nucléaire civil.
« Si l’objectif ultime est de garantir pour toujours que l’Iran ne puisse pas se doter de la bombe nucléaire, je pense que nous avons résolu ce problème grâce à ces négociations en convenant d’une avancée très importante qui n’avait jamais été réalisée auparavant », a déclaré M. Albusaidi. « Je pense que si nous pouvons saisir cela et le mettre à profit, un accord est à notre portée », a-t-il ajouté.
Selon le ministre omanais, l’Iran ne pourra pas stocker d’uranium enrichi et il y aura des vérifications. Il a également dit que le pays allait faire descendre son stock actuel « au plus bas niveau possible ». Mais « si vous ne pouvez pas stocker de matière enrichie, vous ne pouvez en aucun cas fabriquer une bombe », a ajouté le chef de la diplomatie omanaise à CBS.
Washington veut aussi limiter le programme balistique iranien, une question que Téhéran refuse d’aborder. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, a appelé vendredi les Etats-Unis à éviter « toute exigence excessive », tempérant l’optimisme qu’il avait affiché la veille à l’issue des pourparlers, où il avait évoqué de « très bons progrès » dans les négociations.
Une prochaine session doit se tenir « très bientôt », après des discussions « entre équipes techniques » lundi à Vienne en Autriche, assistées « d’experts » de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avait-il ajouté.
L’Iran inscrit sur une liste noire des pays pratiquant « des détentions injustifiées »
Les Etats-Unis ont dépêché dans la région deux porte-avions dont le Gerald Ford, le plus grand au monde, attendu au large d’Israël après avoir quitté jeudi la Crète. Dans ce contexte de tensions, Washington a recommandé vendredi au personnel non essentiel de son ambassade à Jérusalem de quitter Israël – leur allié et ennemi juré de l’Iran – en raison « de risques pour leur sécurité ». Le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, se rendra, lui, en Israël, lundi, pour « discuter d’une série de priorités régionales, notamment l’Iran, le Liban et les efforts en cours pour mettre en œuvre le plan de paix en 20 points du président Trump pour Gaza », a déclaré Tommy Pigott, porte-parole adjoint du département d’Etat.
Le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Volker Türk, s’est dit « extrêmement inquiet du risque d’escalade militaire régionale ». La Chine a conseillé à ses ressortissants actuellement en Iran d’évacuer « dès que possible ». Londres a annoncé des mesures pour protéger son personnel diplomatique, face au risque d’une aggravation « rapide » de la situation. De son côté, Berlin a déconseillé « de toute urgence » à ses ressortissants de se rendre en Israël. Et la compagnie turque Turkish Airlines a annulé ses vols vendredi soir vers Téhéran au départ d’Istanbul.
Les Etats-Unis ont également inscrit, vendredi, l’Iran sur sa liste noire de pays pratiquant « des détentions injustifiées », et appelé les ressortissants américains s’y trouvant à « partir immédiatement ». « Le régime iranien doit cesser de prendre des otages et libérer tous les Américains injustement détenus en Iran, mesures qui pourraient mettre fin à cette désignation et aux actions associées », a écrit le secrétaire d’Etat Marco Rubio dans un communiqué.
Donald Trump avait lancé le 19 février un ultimatum de « 10 à 15 jours » pour décider si un accord était possible ou s’il allait recourir à la force. Les deux pays avaient repris des pourparlers l’année dernière, interrompus par la guerre israélo-iranienne de 12 jours en juin à laquelle Washington s’était brièvement joint. Les nouvelles tensions sont apparues après la répression dans le sang, en janvier, d’un vaste mouvement de contestation d’Iraniens, auxquels Donald Trump avait promis de venir « en aide ».













