La médiation angolaise a annoncé, mardi 11 mars au soir, de prochaines « négociations directes » entre le Mouvement du 23 mars (M23) et Kinshasa, après une visite à Luanda du président congolais, Félix Tshisekedi, qui refusait jusqu’ici de discuter avec ce groupe armé s’étant rendu maître de larges portions de territoires dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
« La partie angolaise, en tant que médiatrice dans le conflit qui affecte l’est de la RDC, prendra des contacts avec le M23 afin que les délégations de la RDC et du M23 puissent mener des négociations directes qui se tiendront à Luanda dans les prochains jours en vue de négocier une paix définitive », annonce la présidence angolaise dans un communiqué. Ce texte a été publié à l’issue d’une rencontre à Luanda entre le président angolais, Joao Lourenço, médiateur désigné de l’Union africaine (UA) dans ce conflit, et son homologue congolais.
« Nous prenons acte » des « initiatives » annoncées par la présidence angolaise et « attendons de voir la mise en œuvre de cette démarche de la médiation angolaise », a simplement réagi, sur le réseau social X, la porte-parole du président Tshisekedi, Tina Salama, sans évoquer de possibles négociations directes avec le M23.
Le M23, soutenu par quelque 4 000 soldats rwandais, selon des experts de l’ONU, a repris les armes en 2021 dans l’est de la RDC et a depuis pris le contrôle de vastes portions de territoire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, frontalières du Rwanda. Il s’est emparé à la fin de janvier de Goma, puis à la mi-février de Bukavu, les chefs-lieux des deux provinces. A plusieurs reprises, le Rwanda a dénoncé le refus du président Tshisekedi de dialoguer avec le groupe armé, que le chef de l’Etat congolais qualifie de « groupe terroriste ».
Crainte d’une escalade régionale
En décembre, un sommet annoncé à Luanda entre Félix Tshisekedi et son homologue rwandais, Paul Kagame, pour discuter d’un accord de paix, avait été annulé à la dernière minute face au refus de Kinshasa d’accepter des pourparlers directs avec le M23, réclamés par Kigali. En février, le groupe armé avait répété son « engagement » à résoudre « le conflit dans l’est de la RDC par le biais d’un dialogue direct abordant les causes profondes du conflit afin d’instaurer une paix durable ». Au début de mars, la RDC a mis à prix pour plusieurs millions de dollars la tête des dirigeants du M23.
Aucun effort diplomatique n’a jusqu’ici abouti pour mettre fin aux hostilités. Au début de février, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) avaient appelé à un « cessez-le-feu immédiat » dans l’Est congolais, en chargeant notamment l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta d’y parvenir, sans résultat à ce jour.
« Plus de 7 000 personnes » ont trouvé la mort dans l’offensive menée depuis le début de l’année par le M23, selon Kinshasa – un chiffre que l’Agence France-Presse (AFP) n’a pas été en mesure de vérifier. La RDC accuse son voisin rwandais de vouloir exploiter les riches ressources minières du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. De son côté, Kigali avance des préoccupations sécuritaires le long de sa frontière avec la RDC, principalement la présence active des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, fondées par d’anciens responsables hutu du génocide des Tutsi, en 1994), mouvement armé qu’il accuse de vouloir déstabiliser son régime.
La proximité grandissante des combats avec le Burundi, engagé militairement aux côtés des troupes de la RDC, fait craindre une escalade régionale. Des troupes ougandaises se sont également déployées dans l’est de la RDC, de l’autre côté de leur frontière.
Newsletter
« Le Monde Afrique »
Chaque samedi, retrouvez une semaine d’actualité et de débats, par la rédaction du « Monde Afrique »
S’inscrire
Ces dernières semaines, Joseph Kabila, prédécesseur de Félix Tshisekedi entre 2001 et 2019, est sorti de sa discrétion pour attaquer publiquement ce dernier. Les troubles en RDC ne peuvent être uniquement imputés aux avancées du M23 ou aux tensions entre Kinshasa et Kigali, a-t-il affirmé dans le journal sud-africain Sunday Times. Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Tshisekedi, la situation en RDC s’est détériorée au point d’être « proche de l’implosion », a-t-il estimé.