Historienne, maîtresse de conférences émérite à la Sorbonne Université, Françoise Thom est l’autrice de nombreux ouvrages sur la Russie, parmi lesquels Poutine ou l’obsession de la puissance (Litos, 2022). Elle analyse l’évolution des rapports russo-américains, qu’elle juge marquée par une « poutinisation » des Etats-Unis, à la fois orchestrée par le Kremlin et acceptée par Trump.
En quoi les négociations américano-russes censées ramener la paix en Ukraine illustrent la « poutinisation » des Etats-Unis que vous diagnostiquez ?
On ne peut véritablement parler de négociations quand la partie américaine a
unilatéralement abandonné ses instruments de pression sur Moscou avant même que ne s’ouvrent officiellement les échanges diplomatiques : l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, la non-reconnaissance des annexions territoriales russes, les sanctions levées une à une. La tactique de Vladimir Poutine est simple : faire semblant de négocier, ne rien céder et attendre des concessions nouvelles de ses interlocuteurs américains. On remarquera que Poutine a refusé de négocier avec le candidat initial choisi par le président américain, Donald Trump, comme envoyé spécial pour la Russie et l’Ukraine, le général Keith Kellogg, car celui-ci connaissait la Russie et avait exprimé l’avis qu’il fallait se méfier des Russes.
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