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Cent jours après avoir arraché sa nomination à Matignon, François Bayrou connaît un inquiétant trou d’air. Sa cote de popularité dévisse et la faible consistance de l’agenda parlementaire contraste avec les défis auxquels est confronté le pays.

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Le 5 mars, lors d’une allocution solennelle à la télévision, Emmanuel Macron avait alerté à propos de la dangerosité de la situation internationale, actant l’entrée dans « une nouvelle ère » où la prospérité et la sécurité ne seraient plus aussi facilement assurées. Stupéfaits par le comportement de Donald Trump, les Français ont compris que les Etats-Unis n’étaient plus un allié fiable. Ils perçoivent la réalité de la menace russe. Ils ont désormais conscience que le poids de la dette est un problème. La responsabilité des politiques est de leur proposer des solutions.

Or rien de substantiel n’apparaît au moment où d’autres pays bougent à grande vitesse. Le contraste est particulièrement saisissant avec l’Allemagne qui, en quelques semaines, s’est mise en situation de pouvoir massivement réinvestir dans sa défense et ses infrastructures.

Perte d’autorité

Le premier ministre porte en partie la responsabilité de la dévitalisation à laquelle il est confronté. Sa défense maladroite à propos des violences commises au collège-lycée de Bétharram, près de sa ville de Pau, lui a valu de perdre en considération. Son choix de consacrer l’essentiel de son temps à faire de la pédagogie en misant sur son statut d’élu local pour tenter de réduire la coupure entre Paris et la province a fini par passer pour de la procrastination. A trop favoriser la libre expression de ses ministres pour corriger le caporalisme des précédents gouvernements, il s’est aussi exposé à la cacophonie gouvernementale et à la perte d’autorité.

Mais la situation du premier ministre ne peut être dissociée de celle des autres forces politiques. Le pays est toujours sans majorité, et la saison des congrès politiques complique singulièrement la donne : à droite, le duel entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau pour la présidence des Républicains se paie d’une surenchère sur l’immigration et la sécurité, qui déstabilise l’équipe gouvernementale. A gauche, la bataille interne au Parti socialiste avec la préparation du congrès du PS attise la tension entre partisans de la censure et ceux qui veulent l’éviter. Enjamber la période peut apparaître comme une habileté, à condition de reprendre vite la main.

François Bayrou met désormais en avant deux chantiers : l’accès aux soins et la revalorisation du métier d’enseignant, qui méritent d’être sérieusement traités. Mais il persiste aussi à vouloir relancer l’inflammable débat autour de l’identité nationale, alors que ce thème a toujours servi de carburant au Rassemblement national. C’est d’autant plus inapproprié que l’urgence n’est pas là. Face à la réalité des menaces extérieures, les Français ont besoin de savoir dans quel cadre budgétaire et selon quel compromis social le pays parvient à se repositionner pour défendre sa souveraineté.

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En juin, le financement des retraites devrait être de nouveau débattu au Parlement à l’issue du « conclave » qui continue de réunir certains partenaires sociaux. Puis viendra la préparation des lois de finances pour 2026, avec, à chaque fois, un risque élevé de censure. Pour que ces rendez-vous n’engendrent pas de nouvelles crises et de nouveaux retards, il faudra que François Bayrou ait clarifié sa vision pour la France et fourni une feuille de route convaincante.

Le Monde

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