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Histoires Web mardi, juin 18
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SÉLECTION OFFICIELLE – HORS COMPÉTITION

Le cinéma hongkongais a désormais un statut régional, refondu ces dernières décennies dans le plus vaste paysage de la production chinoise. S’il survit, c’est tiraillé, regardant d’un côté vers son glorieux passé, courant de l’autre après des standards de production plus massifs, extension du marché oblige.

Soi Cheang appartient à la génération de ceux « venus après » la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine en 1997, après aussi l’effervescence de la nouvelle vague. Il tourne son premier long-métrage en 2000, se fait repérer à l’international avec l’excellent Accident (2009), encore tout imprégné de la science d’action locale, puis passe très vite au mastodonte numérique Pékin-compatible avec la saga en trois volets Le Roi singe (2014-2018).

City of Darkness, son dernier long-métrage présenté à Cannes hors compétition, revisite le Hongkong des années 1980, auquel il rend un hommage déguisé. Discret, car on devine la censure chinoise à cheval sur toute forme de nostalgie pouvant s’exprimer envers l’ancien régime d’économie libérale. Ce pourquoi le prologue, qui nous installe dans la citadelle de Kowloon, en plein cœur du repaire des triades, dresse de la péninsule un tableau dantesque, celui d’un empire du crime, de la drogue et de la prostitution.

Astucieuses configurations d’espaces

Le récit s’attache à Chan Lok-kwun (Raymond Lam), un boat people vietnamien débarqué à Hongkong en pleine guerre des gangs, prêt à tout pour obtenir des papiers. Il se faufile dans le dédale de Kowloon, territoire du caïd Cyclone (Louis Koo), qui le prend sous son aile et l’intègre à son clan. Rival de ce dernier, Mr Big (le vieux briscard Sammo Hung, grand nom du cinéma d’arts martiaux), lorgnant ce parc immobilier promis à la destruction, ne tarde pas à venir leur chercher des noises.

Lire la critique (2009) : « Accident », portrait d’un tueur à gages pour qui tout accident n’en est pas un

City of Darkness bénéficie d’abord de son effarant décor recréé à la palette numérique : cette cité forteresse à la construction anarchique, immense échafaudage où la lumière du jour perce à peine. L’exploration des lieux coïncide d’abord avec la course pour sa survie du héros immigré, qui rebondit de casemates en boutiques, se suspend de tôles enchevêtrées en broussailles de fils électriques. Le film s’enferre ensuite dans la guerre des gangs (fraternité et trahison, rivalité et surenchère), à force d’affrontements survitaminés qui tendent vers l’emphase super-héroïque (le méchant ultime nommé « King », muni d’une invincibilité magique).

Mais Soi Cheang n’a rien perdu de ses talents de géomètre de l’action, et les meilleurs combats jouent avec d’astucieuses configurations d’espaces. Il faut attendre le générique de fin pour que le cinéaste pose un regard tendre sur les petits artisans, les boutiques, les coutumes particulières qui faisaient de Kowloon autre chose qu’un lieu de perdition et de violence. Eux aussi ont disparu avec son démolissement en 1993.

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