Meilleures Actions

Dans la crise politique multiforme que vit la France, comme d’autres démocraties, la question de la représentation politique apparaît comme un élément majeur. De ce point de vue, la mobilisation constatée lors des élections municipales des 15 et 22 mars autour de certains candidats dans des quartiers populaires qui restent marqués par un fort taux d’abstention, est une bonne nouvelle. Que nombre de ces personnalités locales finalement élues soient issues de l’immigration ne devrait étonner personne, s’agissant de communes où ont été concentrés les habitants les plus pauvres, parmi lesquels des familles étrangères et françaises d’origine étrangère.

Lire aussi le décryptage | Article réservé à nos abonnés CNews sous le feu des critiques après des propos jugés racistes à l’encontre de Bally Bagayoko, une histoire qui se répète

Voter pour des représentants qui vous ressemblent n’est pas une exigence politique, mais cette logique, qui prévaut dans de nombreuses communes, notamment rurales ou bourgeoises, opère aussi dans des territoires discriminés, non seulement en matière de financements de l’Etat mais de regard de la société. De ce point de vue, l’accession aux responsabilités municipales d’une génération issue de l’immigration est un événement qu’il faut saluer, tout en en constatant le caractère tardif en comparaison de pays proches. De ce point de vue, les partis de gauche, qui ont géré nombre des villes concernées pendant des lustres sans assurer une réelle diversité à leur tête, portent une responsabilité, là où La France insoumise (LFI) a su le faire.

Que la France en soit à s’étonner que des maires de banlieue portent des noms à consonances maghrébine et africaine est triste et inquiétant. Que des clichés clairement racistes se multiplient dans certains médias depuis le premier tour des municipales traduit une dramatique dégradation du discours public et une dangereuse libération des paroles de haine. De l’extrême droite, qui prétend avoir entendu le mot « Noirs » quand Bally Bagayoko évoque les « rois » enterrés à Saint-Denis après son élection au premier tour dans cette ville, aux prétendus experts qui, sur CNews, usent du registre des « singes » et de la « tribu » pour commenter l’émergence des nouveaux élus, une partie du pays est en pleine régression, et donne raison à ceux qui dénoncent la longue persistance du mépris et du racisme coloniaux.

La stratégie de conflictualité de LFI est confortée par les débordements constatés au moment de l’élection des nouveaux maires marquant une alternance. Les huées et les invectives qui ont marqué certaines passations de pouvoirs alourdissent le tableau des tensions politiques. On peut cependant regretter que l’exécutif national, qui a été prompt à les dénoncer − « Il n’y a pas de sédition possible dans les communes de la République », a déclaré Emmanuel Macron −, l’ait moins été pour condamner les attaques racistes.

L’origine ou la couleur de la peau, pas plus que le genre ou la religion, ne sont en soi des qualités politiques, et il appartiendra aux nouveaux élus issus de l’immigration, comme aux autres, de faire leurs preuves. Mais la séquence que la France vient de vivre, où des citoyens entrés en politique souvent depuis de longues années, à travers le militantisme politique ou l’engagement associatif, ont été uniformément présentés et jaugés en fonction de préjugés liés à leurs origines, ne peut que rendre inquiet sur la solidité des valeurs républicaines si souvent revendiquées, celles qui font de l’égalité de tous, sans exception, le plus solide ciment du pays.

Lire aussi la chronique | Article réservé à nos abonnés « A peine élu, Bally Bagayoko personnifie à la fois la réalité crue du racisme et la possibilité d’une riposte digne et déterminée »

Le Monde

Share.