Lorsqu’elle était enfant, ses camarades d’école l’appelaient « Donna the dyke » (« Donna la gouine »). Quand elle fait part de son homosexualité à sa mère, celle-ci lui prédit une vie dure. « Etre lesbienne n’a jamais été simple », reconnaît la photographe Donna Gottschalk, née à New York en 1949. Les seuls bars qui accueillent les homosexuels sont tenus par des mafieux.
Les insultes et les agressions sont nombreuses. Impossible d’attraper la main de sa compagne dans la rue, comme dans de nombreux endroits aujourd’hui. « C’était très humiliant de devoir constamment mentir, éviter les questions d’ordre personnel », raconte-t-elle par écran interposé depuis chez elle, dans le Vermont, au nord-est des Etats-Unis.
Pourtant, ses images de cette époque témoignent d’autre chose. On y voit des jeunes femmes épanouies, souriantes, sensibles. Une communauté de rires immortalisée dans les intérieurs d’Alphabet City, cette enclave du sud-est de Manhattan loin de ressembler au quartier en vogue qu’elle est devenue.
Eclats du quotidien
C’est ici que Donna Gottschalk s’empare d’un appareil photo et commence à photographier ses voisins, puis ses amies. Les premiers posent fièrement devant leurs commerces, les secondes s’émancipent entre les quatre murs du minuscule studio qu’elle loue alors pour 77 dollars par mois.
Allongées sur un canapé, saisies en train de plaisanter face caméra, les jeunes femmes offrent des poses naturelles, des éclats du quotidien. Elles ont 20 ans, et sont nées avant les années 1960, avant que l’homosexualité ne soit dépénalisée Etat par Etat. « Ces moments de joie compensaient tout ce que nous devions éviter dans le monde extérieur », retrace la septuagénaire. La violence hante sa pellicule, sans jamais l’obscurcir. Sauf sur un portrait tuméfié de sa sœur Myla, plusieurs années avant que celle-ci n’entame sa transition de genre.
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