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Quelques jours après le puissant séisme, vendredi, qui a fait près de 3 000 morts, la junte birmane a annoncé, mercredi 2 avril, un cessez-le-feu temporaire dans sa lutte contre les groupes rebelles du pays. La junte a déclaré dans un communiqué que le cessez-le-feu entrerait en vigueur à partir de mercredi, et courrait jusqu’au 22 avril « dans le but d’accélérer les efforts de secours et de reconstruction, et de maintenir la paix et la stabilité » après le séisme. Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, se rendra néanmoins à un sommet régional à Bangkok, jeudi.

Mardi, la junte avait pourtant déclaré reprendre « ses activités défensives » contre les groupes rebelles armés, décision critiquée par les Nations unies, tandis que la Chine et l’Australie plaidaient pour un accès facilité à l’aide humanitaire. « Les terroristes se livrent à des actes de sabotage et perturbent notamment l’approvisionnement en électricité », avait déclaré le chef de la junte dans un communiqué publié mardi.

Si « certains groupes armés ethniques ne sont actuellement pas engagés dans des combats », ces derniers « s’organisent et s’entraînent pour mener des attaques », peut-on y lire. L’armée birmane « continuera à mener les activités défensives nécessaires », a poursuivi le chef de la junte. Ces mesures « ne sont ni nécessaires ni protectrices », avait réagi le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Birmanie, Tom Andrews, sur X. « Elles sont scandaleuses et doivent être condamnées avec la plus grande fermeté par les dirigeants mondiaux », avait-il poursuivi.

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L’Alliance des trois fraternités, formée de trois puissants groupes rebelles ethniques, a annoncé une pause d’un mois dans les hostilités afin de soutenir les efforts humanitaires déployés en réponse au séisme. Les Forces de défense populaire avaient déjà décrété un cessez-le-feu partiel.

Plus de 4 500 blessés et 300 disparus

Le conflit civil, qui dure depuis le coup d’Etat du 1er février 2021 contre le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi, a déjà mis à genoux les infrastructures vitales et fracturé le pays où sont actifs des dizaines de groupes armés de minorités ethniques et d’opposants politiques, ce qui complique aussi la collecte d’informations. La situation était déjà alarmante avant le séisme, les combats ayant déplacé plus de 3,5 millions de personnes vulnérables, d’après les Nations unies.

La junte a, par ailleurs, publié, mercredi, un nouveau bilan de 2 886 morts, et a affirmé que 4 600 personnes étaient blessées tandis que 373 étaient toujours portées disparues. Les chances de retrouver d’autres survivants s’amenuisent, mais le sauvetage de deux hommes des ruines d’un hôtel de Naypyidaw a ravivé à nouveau les espoirs.

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Des journalistes de l’Agence France-Presse ont assisté à des scènes chaotiques alors qu’au moins 200 personnes désespérées faisaient la queue pour recevoir de l’aide à Sagaing, la ville la plus proche de l’épicentre du tremblement de terre, certaines personnes courant à travers la circulation pour rejoindre les files d’attente. Les destructions sont nombreuses dans la ville, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) signalant qu’une habitation sur trois s’est effondrée. Cinq jours après le tremblement de terre, les habitants se plaignent du manque d’aide.

Les établissements de santé, endommagés par le séisme et dont la capacité est limitée, sont « submergés par un grand nombre de patients », tandis que les réserves de nourriture, d’eau et de médicaments s’amenuisent, a déclaré l’OMS mardi.

« Demander de l’aide d’une main et bombarder de l’autre »

La junte a effectué des tirs de sommation à l’encontre d’un convoi de neuf véhicules de la Croix-Rouge chinoise, qui roulait à destination du village d’Ommati, dans l’Etat Shan, mardi soir. Aucune « notification préalable à la Birmanie, ni à une ambassade respective, ni au bureau de l’attaché militaire », condition à l’entrée de toute aide étrangère, n’avait été faite, selon Zaw Min Tun, porte-parole de la junte. Il a également affirmé que la junte et l’Armée nationale de libération des Ta’ang, un groupe rebelle ethnique, s’étaient affrontées à proximité du village.

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Interrogé, le ministère des affaires étrangères chinois a répondu que le matériel envoyé par la Croix-Rouge chinoise était arrivé, et qu’il était « en sécurité à l’heure actuelle », au même titre que les travailleurs humanitaires. « Nous poussons toutes les parties en Birmanie à fournir un passage sans entrave à l’aide », a-t-il ajouté. « Nous condamnons ces actes et appelons le régime militaire à cesser immédiatement les opérations militaires et à permettre un accès humanitaire total aux zones touchées », a déclaré, mardi, la ministre des affaires étrangères australienne, Penny Wong.

Plus de 1 000 secouristes étrangers sont arrivés en Birmanie dans le cadre de la mobilisation internationale pour épauler des services locaux sous-équipés. Amnesty International a déclaré que les attaques militaires « inhumaines » compliquaient considérablement les opérations de secours aux victimes. « On ne peut pas demander de l’aide d’une main et bombarder de l’autre », a déclaré Joe Freeman, spécialiste du pays au sein de l’ONG. Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a lancé, vendredi, un appel au secours auprès de la communauté internationale, une démarche rarissime qui illustre l’ampleur de la catastrophe.

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A près de 1 000 kilomètres de l’épicentre, à Bangkok, des secours continuent de chercher des survivants dans les décombres d’une tour en construction de 30 étages qui s’est effondrée. Quelque 22 personnes ont trouvé la mort dans la capitale thaïlandaise, selon un bilan établi mercredi, mais des dizaines d’autres sont portées disparues. La première ministre thaïlandaise, Paetongtarn Shinawatra, a ordonné une enquête sur les matériaux et les normes de sécurité du site à un groupe d’experts qui doit lui rendre compte cette semaine.

Le Monde avec AFP

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